Vendredi 9 septembre 2016 — Dernier ajout vendredi 18 août 2017

213 Le pauvre, un véritable chemin vers Dieu.

L’accueil de l’autre, du petit, du vulnérable vient guérir notre déficience de vie et d’amour.

(200 ; 210 ; 213) L’accueil de l’autre, du petit, du vulnérable vient guérir notre déficience de vie et d’amour.
L’humanité qui se rencontre dans la vérité des cœurs purs chante le chant de l’amour vrai. Les personnes pauvres ont l’art de nous resituer au plan de l’amour, au plan du cœur. Celui qui cherche Dieu par un chemin de solitude, passe aussi par un chemin de grand dépouillement. C’est la grâce des "poètes" de nous y introduire. Le cœur humain chante l’Amour qui l’habite, c’est la beauté des cœurs qu’il faut redonner à l’humanité. Choisir de s’épanouir en s’ouvrant à l’autre est un vaste programme. Nous savons que nous sommes sans cesse « tournés vers nous mêmes, épris de nous-mêmes et remplis de nous-même. [44] Le « moi viscéral » qui nous habite va se river sur notre centre embryonnaire. Si nous n’y prenons garde, notre enfermement peut devenir terrible. Il faut nous reconnaître pauvre, avec nos limites, nos brisures, pour devenir ce que nous sommes, en vérité.

Le regard tourné vers les pauvres, nous pouvons sortir de notre enfermement. Au fondement de notre nature humaine se trouve un appel à l’amour. Nous sommes nés de la rencontre de deux personnes. Si l’amour a manqué à notre conception, dans le sein maternel, l’amour de Dieu nous est toujours donné. Le Dieu Amour est présent dans toute vie, dans la rencontre de l’autre. La vie est donnée en surabondance quand l’autre est dans la nécessité. L’expérience de vie avec les personnes handicapées nous le manifeste. Si le "pauvre" est accepté et reconnu, une vie est donnée dans cette ouverture à l’autre, au diffèrent.

Cette expérience donne la vie, dans ce mouvement d’ouverture se trouve la vie, une vie nouvelle, que nous ne connaissions pas. Il est un temps ou les personnes handicapées nous auraient plutôt fait fuir. Ce sentiment de rejet inconscient, d’enfermement dont nous vivons se trouve "renforcé," de manière subtile et cachée, par l’ambiance de rejet du handicap ou de la différence qui émane du « monde » dans lequel nous vivons. Si le pauvre est reconnu comme générateur de vie, il provoque l’ouverture, l’accueil, la compassion et la miséricorde en celui qui l’accueille. II ouvre le cœur à la vie, une vie nouvelle que nous ne connaissons pas encore. Avec cette expérience de rencontre, nous pouvons comprendre cette vie nouvelle nous est donnée.

19. Jean-François et l’angoisse de vivre.
Le père de Jean-François occupait de grandes fonctions publiques en France. Ses frères et sœurs sont très “brillants”, ils ont de belles carrières publiques. Je lis l’angoisse sur le visage de Jean François si j’évoque sa situation de difficulté dans le contexte familial. L‘apparence extérieure de Jean-François est très mondaine et très soignée. Il écoute très poliment “l’étranger”, le visiteur qui ne décèle pas son handicap, ni sa souffrance. Pour entrer en relation profonde avec lui, il faut avoir établi, au préalable, une véritable communion avec lui. Jean-François se montre très démuni et si différent quand il se sait « découvert. » Pour approfondir en lui toutes les capacités qui s’y trouvent, Jean-François a besoin d’être sécurisé. Il m‘appelle par mon nom, comme pour se rassurer, ensuite il ne me cache pas son angoisse à propos de sa vie : « Ça m’angoisse, dit-il, je ne comprends pas cela. » La finesse et l’intuition de Jean-François sont très grandes.

La vie spirituelle de Jean-François ouvre des perspectives réelles. Il est incapable de mettre des paroles sur le mystère qu’il vit profondément. Quand des paroles sont posées sur sa vie de communion, Jean François peut témoigner au monde du don de Dieu. Le cœur de Jean François comprend beaucoup de choses dans la célébration de l’eucharistie qu’il aime recevoir. Il peut alors faire allusion à la prochaine messe à laquelle il désire participer comme servant d’autel. Il peut reprendre à son propre compte la réflexion de Didier. « Je n’ai pas beaucoup compris ton homélie mais mon cœur est tout brûlant ! » Les personnes handicapées aiment l’expression du mystère Eucharistique auquel elles participent intensément. "Je te bénis Père d’avoir révélé ton secret aux tous petits." C’est à ce niveau de relation qu’un nouvel équilibre peu s’établir dans sa famille avec un grand respect de l’autre, du différent.

Une authentique rencontre humaine peut m’apprivoiser dans mon « enfermement, » pour l’ouvrir à la vie. Les « limites » de la nature humaine peuvent devenir un passage pour rencontrer l’autre. C’est en effet par la compassion éprouvée pour Jean François que je suis rejoint dans mes propres limites. Je fais l’expérience que ces limites sont un enfermement sur soi qui devient destructeur de soi-même. Si elles sont reconnues et acceptées, Dieu peut faire irruption dans ma vie grâce au pauvre. En lui, je peux exister dans un au-delà de moi-même qui me révèle la vraie dimension de mon être. Alors je découvre la vie de ma vie, dans l ‘élan vers un autre, vers l’Autre. J’accède enfin à moi-même.
L’Esprit-Saint le Père des pauvres est à l’œuvre dans cette rencontre. « Avant de te former dans le sein de ta mère dit Dieu, je te connaissais » [45]. C’est l’homme blessé qui va me donner vie, je ne sais pas, dans mon angoisse, qui est cet homme blessé qui va me donner vie. Seule l’expérience de m’être rendu proche de lui va me révéler que c’était moi, l’homme à demi-mort sur le chemin. C’est dans cette rencontre que je retrouve la vie en faisant l’expérience que j’ai besoin des autres. Ainsi l’autre, dans sa pauvreté et son ouverture à Dieu, m’est une lumière. Pour cela je dois lui laisser la possibilité de me rejoindre.

Je peux entrer dans le mouvement de la Vie donnée par Jésus, en m’ouvrant au petit et au pauvre. Là, immanquablement la vie se donne. Après que les pauvres nous ont ouverts à la vie, nous aurons besoin d’une formation humaine et spirituelle car le recul de l’expérience incite à chercher la vérité. C’est par ces recherches que l’on connaîtra l’intelligence qui est en nous et qui considère le vrai. Une unité s’établit entre le réel, l’objectif et l’affectif. La connaissance des personnes souffrantes ouvre notre intelligence à la contemplation de l’Amour qui nous habite. “Amour et Vérité s’embrassent” [125]. L’Amour est dépossession de soi, ouverture à I ’Autre.

Le règne de Dieu, le rayonnement de son Amour sans limite surgit par la Bonne Nouvelle annoncée aux Pauvres. Quelle joie de découvrir en soi cette possibilité de rejoindre la lumière, d’entrer en communion d’Amour avec l’autre. “A tous ceux qui l’ont reçu, II a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu” [126]. Dieu lumière me donne de Le contempler et de vouloir vivre dans la lumière. Elle est en moi cette Vie nouvelle, elle est manifestée par l’autre. Elle vient du Père qui nous donne l’Esprit Saint et le répand dans nos cœurs. Elle trouve une base d’enracinement dans notre être : “L’Esprit-Saint se joint à notre esprit pour que nous puissions dire Abba, Père.”[127]. En Jésus et par le pauvre, nous recevons la vie. Notre existence devient capable de Vie divine. Nous pouvons en faire l’expérience. Notre ouverture à la vie, notre accueil de l’autre est indispensable pour recevoir ce Don. Cette vie en attente, en nous, peut se vivre, se dire. Etonnamment, quelque chose de l’authentique présence humaine se retrouve chez les pauvres. C’est à leur contact que l’enfant prodigue qui sommeille en chacun de nous se trouve renouvelé.

Désappropriés d’eux-mêmes à cause des souffrances dues à leur handicap, les pauvres sont devenus miséricordieux. C’est dans leur présence que le fils aîné de la parabole qui sommeille aussi en chacun de nous est bien vite débusqué. Devant tant de bonté et de tendresse qui nous est manifestée, nous acceptons de reconnaître qu’il peut se trouver en nous tant de rancunes, tant d’ingratitudes et tant de durcissements. Nous comprenons mieux comment Jésus vient à notre aide, dans les pauvres, au travers de la vie quotidienne. Nous avons reçu la vie comme un Don à faire fructifier. Que ce soit la vie biologique, la vie de notre esprit et de notre intelligence, que ce soit la vie de notre cœur et de notre volonté, Dieu est vie, II est lumière, II est Amour. Il peut être découvert par notre intelligence à travers l’expérience de la réalité humaine. Notre intelligence rejoint la réalité de l’autre. L’expérience nous manifeste que c’est à l’intérieur de nous que se révèle notre Amour. II nous est donné par Dieu et se trouve actualisé dans l’acte d’aimer. La volonté tend vers son bien qui est l’amour.

Nous recevons la Vie qui vient de Dieu en l’accueillant. Nous la faisons fructifier dans toutes les épaisseurs de notre être. Alors chacun reconnaît la vraie vie qui est prête à jaillir, l’Evangile nous donne la vie de Jésus et il convient de l’explorer. « Comment cela peut-il se faire ? Je ne connais point d’homme, » dit Marie à l’Annonciation. [46] La réponse qui lui est faite est que quelqu’un Autre lui sera donné : « l’Esprit Saint, viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » [46] Un Autre est annoncé et un mystère de Vie se prépare pour elle et en elle. Elle doit donner son consentement, son oui et se tourner vers un Autre en se « détournant » d’elle-même. Elle doit croire. Un saut dans la foi est à l’œuvre.
L’expérience du "pauvre", tel qu’il est, accepté et reconnu, donne une vie nouvelle que nous ne connaissions pas avant.

La fréquentation de Jean François change ma perspective de compréhension de la réalité. II y a en effet plusieurs façons de vivre la vie qui nous est donnée. Certaines expériences peuvent conduire à la mort et d’autres conduire à la vie. Si je m’enferme dans mon univers, sans ouverture sur l’autre, je prends un chemin de mort ! C’est le « moi, » tel que I ’Apôtre Jean le décrit dans une lettre : « moi » jouisseur, accapareur, dominateur [52], qui se ferme sur lui-même, alors la vraie vie ne circule plus. Soit je peux m’enfermer ainsi, ou je peux m’ouvrir à l’autre. Dans cette ouverture, je trouve la vie qui est un Don de Dieu. Cette "grâce" peut agir sans que je le sache ou que j’en ai conscience. Dans ce don d’ouverture à l’autre qui m’appelle, soit par sa voix, soit par sa misère, j’entre dans la Vie et les forces « d’égoïsme » en moi s’apaisent pour laisser s’épanouir un être qui se libère en libérant l’autre. C’est une expérience, un Passage à l’acte nécessaire pour comprendre ensuite, ce qui se passe dans mon cœur. Je croyais donner vie à l’autre en m’occupant de lui, et c’est l’autre qui me donne vie dans mon ouverture à lui. Par sa Présence en manque ou en souffrance, il m’ouvre à la vie. L’« oubli de soi » au profit de l’autre, est un chemin qui mène à la vraie vie. Ce passage est subtil, c’est à l’intérieur de ma propre vie qu’il se travaille, provoqué par l’autre qui devient pour moi générateur de vie. Je suis alors ramené à la source de la vie qui est en moi, le “Pauvre” est alors pour moi « engendrement » nécessaire pour que la vie surgisse en abondance.

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« L’autre » dans la détresse, le manque ou la souffrance, donne la vie en surabondance à celui qui l’accueille. Dans cette rencontre je suis devenu le prochain de l’autre. Soit je suis relatif à lui et il me donne vie ; soit je me détourne de lui et s’accomplit en moi un chemin de mort. Mon existence est ainsi cachée dans l’autre. C’est l’autre, vers lequel je me tourne, qui me donne le courage d’exister, le sentiment d’existence qui me fait sortir de l’angoisse. Jésus « s’est fait » ce pauvre dont j’ai besoin pour me dépasser et trouver ainsi la vie. Il se fait le Pauvre dans les pauvres que je peux rencontrer. Dans les pauvres que je peux soigner, je fais la découverte de ce que je suis. C’est ainsi que le pauvre au cœur de la Communauté est la condition pour reconnaître la dignité de la personne humaine. Nous avons part aux « noces » de l’amour qui consiste à reconnaître et accueillir notre propre pauvreté. Ce chemin se réalise dans l’accueil de la pauvreté de l’autre. C’est accepter de crier sans cesse pour recevoir l’amour nécessaire à la vie.

(200 ; 220 ; 221) Découvrir le cœur humain au-delà des brisures et de l’enfermement.

C’est en perdant sa vie qu’on peut la gagner, dit Jésus. La parabole du bon samaritain [51] évoque bien la difficulté de perdre sa vie qui se révèle dans toutes nos rencontres. Or la rencontre avec la pauvreté, le manque, peut nous conduire à un supplément de vie. Ce supplément de vie, offert par le pauvre, peut-être manqué sans même que nous ne nous en apercevions. Dans cette parabole elle est manquée par le prêtre et le lévite qui croisent l’homme à demi-mort sans s’arrêter. Cette attitude, qui nous fait passer « à côté » de l’autre dans sa souffrance, révèle l’angoisse qui demeure cachée en chacun de nous, celle dont nous avons très peur. Éviter ce “demi-mort,” c’est en fait, éviter la partie d’obscurité, à demi-morte, qui constitue aussi notre vie. Or paradoxalement, c’est la rencontre et l’aide demandée et apportée à cet homme blessé qui va permettre de franchir la zone obscure de mon être et qui va me redonner vie.
Ainsi, dans cet Evangile, Jésus donne ce conseil : “Va et fais de même.” Il nous donne ainsi un moyen de retrouver la vie en attente en moi et qui ne demande qu’à surgir. Mais l’angoisse, si elle domine, masque et empêche de reconnaître que le besoin de l’autre est constitutif de mon existence humaine. Le danger du prêtre et du lévite est de croire bon pour eux de pouvoir passer près de cet homme meurtri, sans s’arrêter. En effet il faut un certain courage pour se pencher vers l’homme à demi-mort. Pourtant cette force nous sera redonnée au centuple si nous faisons comme le bon samaritain.

A Cana, la mère de Jésus est saisie par la misère des époux qui célèbrent leurs noces. [48]
Le vin exprime la joie de vivre, la joie de célébrer la vie qui se donne dans ce mystère de noces, dans ce lieu de l’Amour. « Ta Parole est pour moi un vin délicieux, » [49] dit l’épouse du cantique des cantiques. Il s’agit donc aussi du manque de la parole de Dieu dans ce signe de Jésus. Devant le manque, Marie se tourne vers Jésus pour crier la douleur de son cœur : “Ils n’ont plus de vin…” [50] Qui comprendra combien ce cri est le retentissement du cri de l’humanité qui ne le sait pas, mais si fortement enraciné dans le cœur de Jésus. Ce cri, est la raison de la venue de Jésus en ce monde. II est I ’Époux divin qui est venu pour que son Épouse l’humanité ait la vie, la vie sans mesure de son Amour. La joie de vivre, la joie de célébrer la vie se donne dans le mystère des noces, dans ce lieu de l’Amour. Le cri de Marie résonne en Jésus avec une intensité inouïe : “Femme, quoi entre toi et moi ? que me veux-tu ? Mon heure est-elle déjà venue ?” [50] La Passion de Jésus qui va nous sortir de cette mort est là, profilée, signalée par « l’heure. » « Qu’y a-t-il entre toi et moi, Femme, mon heure serait-elle déjà venue ? » [50] dit Jésus. C’est pour Marie l’heure d’une maternité divine qu’elle comprendra à la Croix de Jésus dans un enfantement nouveau, la mère a le souci du « bien » de ses enfants. Jésus va obéir à la Femme qui manifeste le plan d’amour du Père qui veut nous sauver.

Derrière la Parole de Marie, résonne la volonté du Père.

Dans ce premier miracle, qu’Il réalise à la demande de la « Femme, » Jésus manifeste que l’œuvre d’Amour de la Rédemption se réalisera avec le consentement et la demande de l’humanité par l’intermédiaire et la médiation de Marie. En Jésus et Marie se vit un Amour plus grand que Celui des époux de Cana. II est l’origine de tout Amour en humanité car II s’origine dans l’Amour primordial et générateur d’Amour du Père et du Fils. Entre ce “moi et ce toi” se dresse déjà la Croix de Jérusalem, le lieu de l’expression du plus grand Amour que jamais l’humanité n’a porté. « Ce moi et toi » va se vivre désormais au quotidien de nos vies.

14. Alice et l’incompréhension du mystère de la vie. Alice est une jeune femme handicapée qui est constamment inadaptée dans le quotidien, dans ce qui lui est donné à vivre. Elle regarde d’abord la réalité qui l’entoure avec des yeux ronds qui interrogent toujours. A la suite de ses interrogations sur la vie, pour avancer dans le dialogue je lui pose des questions. Elle me répond alors : « Moi, j’aime Marie, elle est notre maman du ciel. Mais j’aimerais bien me marier. » Les personnes souffrantes sont dans le désarroi de leur solitude affective. Dans la réalité quotidienne de notre vie, il n’est pas évident d’en saisir le sens. Les personnes qui portent un handicap, dans leur dénuement, vont droit à l’essentiel : "J’aimerais bien me marier." Ce rapport à l’invisible ne se communique que par l’Amour dont Alice est entourée. Il y va en effet du rapport entre notre Parole et notre agir pour Alice. Elle peut croire ce que nous lui proposons dans la mesure où la vérité de l’amour est le fil conducteur de cette parole. C’est en effet par la foi que nous rejoignons le Don de Dieu dans l’épaisseur de la vie de chaque jour.

C’est par la foi que nous rejoignons dans la vie de chaque jour le Don de Dieu.
Nous aspirons en effet à vivre dans l’Amour et nous sommes si inadaptés dans son application dans la réalité quotidienne toujours offerte. Alice m’aide à comprendre ce qui se vit en moi d’incompréhension. Devant mon inaptitude à rejoindre le don de l’amour de Dieu dans mon quotidien, je suis invité à regarder bien au-delà, dans la foi.

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32-Le don de Dieu, source de toute Vie.

A la naissance de l’enfant, l’amour de la maman va faire advenir l’amour en attente dans le cœur de l’enfant ! En effet, il y a quelque chose de “natif’ qui va se réaliser au moment du premier sourire de la mère pour l’enfant et de l’enfant pour sa mère (il en est de même pour le père) qui est « icône » d’un amour bien plus grand de notre Père des cieux. Cet amour en jaillissement est annonce “archaïque”, dans l’homme et la femme créés à l’image de Dieu, de ce mystère que les théologiens appellent "la spiration" d’Amour du Père et du Fils : mystère de l’Esprit Saint qui nous est donné à contempler. Deux êtres qui s’aiment tendent à ne faire qu’un en l’Amour provoqué dans le cœur de l’autre. Cet amour donne vie, nourrit, donne saveur et goût de vivre : Vivre, c’est aimer. Le mystère de l’Esprit Saint nous est donné là à contempler. “Dieu créa l’homme à son image, II les créa homme et femme”. [47].

Pour le Chrétien, l’origine de l’humanité est divine. La “paternité maternité” humaine est “signe” de la Paternité divine. A cause de la brisure de l’origine, cette "image et ressemblance de Dieu" a été troublée et déformée. Cependant, quand un homme et une femme s’aiment, ils “provoquent” par leur présence un amour réciproque chez l’autre, et dans cet amour sont éveillés une connaissance de soi, un amour de soi fondamental à toute vie humaine. Celui qui aime ainsi est présent à l’autre, il existe dans sa pensée qui lui rappelle son visage, bien mieux, son être profond. II existe encore en l’autre dans sa volonté, c’est-à-dire dans son vouloir aimer, car l’amour est toujours un choix libre qui demande un consentement, à renouveler sans cesse.

L’Aimé prend en effet place dans l’aimant, mystérieusement comme dans un autre lui-même.

Il se retrouve en lui-même grâce à l’aimé qui le provoque à habiter le plus secret de son cœur, là où l’Amour réside. N’est-ce pas cet amour qui rend l’aimé si présent qu’il lui dicte désormais le comportement de l’amour qui est devenu nouvelle vie. Il y a dans cette communion de l’amour un “vestige” de la “production” de l’Amour, de la “spiration” d’Amour au sens où l’un “aspire” l’amour de l’autre et réciproquement. Nous remonterons ainsi à la Source de toute vie, de tout Amour pour entrer dans l’intelligence du mystère de notre vie divine. Notre humanité peut avec raison dire Dieu.

L’expérience de vie avec les personnes handicapées me montre comment cette vie est donnée dans la rencontre de l’autre. Elle est donnée en surabondance quand l’autre est dans la nécessité, dans la reconnaissance de sa pauvreté ontologique, il ne peut pas se suffire à lui-même. En effet tout processus de vie implique la participation d’un autre. « Comment cela peut-il se faire ? dit Marie à l’Annonciation, je ne connais point d’homme. » [46] La réponse qui lui est faite est qu’un autre, « l’Esprit Saint, viendra sur elle et la Puissance du Très-Haut la couvrira de son ombre. » [46] Un Autre est annoncé et un mystère de Vie se prépare pour elle et en elle. Elle doit donner son consentement, son oui et se tourner vers un Autre en se « détournant » d’elle-même. Elle doit croire. Un saut dans la foi est à l’œuvre. C’est en perdant sa vie qu’on peut la gagner.

“L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez” [128] dit Jésus.

Croire que Dieu est Amour. Croire que la créature participe à cet Amour divin dans son ouverture à Dieu. Croire que le fruit de cet Amour est l’Enfant Bien-Aimé du Père. C’est dans cette Origine que s’épanouit la filiation nouvelle des enfants de Dieu. C’est l’enfant de Dieu en moi qui reconnaît l’autre dans son besoin de vie, d’amour, de présence. Aller à l’autre, me faire le prochain de l’autre est alors pour moi source de Vie. Devenir enfant de Dieu c’est remonter continuellement à la Source. Cette Source est divine, c’est l’Engendrement éternel du Père. Elle est aussi humaine : C’est la maternité divine de Marie. La Puissance du Don de Dieu est à l’œuvre dans l’humilité de la femme qui accueille. Le Père travaille dit Jésus et moi aussi je travaille. Nous sommes dans le mystère du Père invisible, et de celui de Jésus qui nous sauve. Marie participe à ce travail d’enfantement de Jésus en nous qui sommes le Corps du Christ.

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