Jeudi 25 août 2016 — Dernier ajout samedi 20 août 2016

221 Découvrir le cœur humain au-delà des brisures et de l’enfermement.

(200 ; 210 ; 213) Découvrir le cœur humain au-delà des brisures et de l’enfermement. C’est en perdant sa vie qu’on peut la gagner, dit Jésus. La parabole du bon samaritain [51] évoque bien la difficulté de perdre sa vie qui se révèle dans toutes nos rencontres. Or la rencontre avec la pauvreté, le manque, peut nous conduire à un supplément de vie. Ce supplément de vie, offert par le pauvre, peut-être manqué sans même que nous ne nous en apercevions. Dans cette parabole elle est manquée par le prêtre et le lévite qui croisent l’homme à demi-mort sans s’arrêter. Cette attitude, qui nous fait passer « à côté » de l’autre dans sa souffrance, révèle l’angoisse qui demeure cachée en chacun de nous, celle dont nous avons très peur. Éviter ce “demi-mort”, c’est en fait, éviter la partie d’obscurité, à demi-morte, qui constitue aussi notre vie. Or paradoxalement, c’est la rencontre et l’aide demandée et apportée à cet homme blessé qui va permettre de franchir la zone obscure de mon être et qui va me redonner vie. Ainsi, dans cet Evangile, Jésus donne ce conseil : “Va et fais de même”, il nous donne ainsi un moyen de retrouver la vie en attente en moi et qui ne demande qu’à surgir. Mais l’angoisse, si elle domine, masque et empêche de reconnaître que le besoin de l’autre est constitutif de mon existence humaine. Le danger du prêtre et du lévite est de croire bon pour eux de pouvoir passer près de cet homme meurtri, sans s’arrêter. En effet iI faut un certain courage pour se pencher vers l’homme à demi-mort. Pourtant cette force nous sera redonnée au centuple si nous faisons comme le bon samaritain.

A Cana, la mère de Jésus est saisie par la misère des époux qui célèbrent leurs noces. [48] Le vin exprime la joie de vivre, la joie de célébrer la vie qui se donne dans ce mystère de noces, dans ce lieu de l’Amour. « Ta Parole est pour moi un vin délicieux » [49] dit l’épouse du cantique des cantiques. Il s’agit donc aussi du manque de la parole de Dieu dans ce signe de Jésus. Devant le manque, Marie se tourne vers Jésus pour crier la douleur de son cœur : “Ils n’ont plus de vin…” [50] Qui comprendra combien ce cri est le retentissement du cri de l’humanité si fortement enraciné dans le cœur de Jésus mais qui ne le sait pas. Ce cri, est la raison de la venue du Christ Jésus en ce monde. II est I ’Époux divin qui est venu pour que son Épouse l’humanité ait la vie, la vie sans mesure de son Amour. La joie de vivre, la joie de célébrer la vie se donne dans le mystère des noces, dans ce lieu de l’Amour. Le cri de Marie résonne en Jésus avec une intensité inouïe : “Femme, quoi entre toi et moi ? que me veux-tu ? Mon heure est-elle déjà venue ? ” [50] La Passion de Jésus qui va nous sortir de cette mort est là, profilée, signalée par « l’heure ». « Qu’y a-t-il entre toi et moi, Femme, mon heure serait-elle déjà venue ? » [50] dit Jésus. C’est pour Marie l’heure d’une maternité divine qu’elle comprendra à la Croix de Jésus dans un enfantement nouveau, la mère a le souci du « bien » de ses enfants.

Jésus va obéir à la Femme qui manifeste le plan d’amour du Père qui veut nous sauver. Derrière la Parole de Marie, résonne la volonté du Père. Dans ce premier miracle, qu’Il réalise à la demande de la « Femme », Jésus manifeste l’œuvre d’Amour de la Rédemption se réalisera avec le consentement et la demande de l’humanité par l’intermédiaire et la médiation de Marie. En Jésus et Marie se vit un Amour plus grand que Celui des époux de Cana. II est l’origine de tout Amour en humanité car II s’origine dans l’Amour primordial et générateur d’Amour du Père et du Fils. Entre ce “moi et ce toi” se dresse déjà la Croix de Jérusalem, le lieu de l’expression du plus grand Amour que jamais l’humanité n’a porté. « Ce moi et toi » va se vivre désormais au quotidien de nos vies.

14. Alice et l’incompréhension du mystère. Alice est une jeune femme handicapée qui est constamment inadaptée dans le quotidien, dans ce qui lui est donné à vivre. A la suite de ses interrogations sur la vie, elle regarde d’abord la réalité qui l’entoure avec ses yeux ronds qui interrogent toujours. Pour avancer dans le dialogue je lui demande comment Dieu lui parle dans sa vie ? Elle me répond alors : « Moi, j’aime Marie, elle est notre maman du ciel. Mais j’aimerais bien me marier. Dieu qu’est-ce qu‘il vient faire là-dedans ? » Les personnes accueillies à l’Arche dans le désarroi de leur solitude affective expriment bien souvent la difficulté que nous avons de « lire Dieu dans le quotidien ! » En effet son Amour, dans la réalité quotidienne de notre vie, n’est pas évident à saisir, les personnes qui portent un handicap, dans leur dénuement vont droit à l’essentiel, à ce que nous cachons et cachons à nous-mêmes. C’est en effet par la foi que nous rejoignons le Don de Dieu dans l’épaisseur de la vie de chaque jour. Ce rapport à l’invisible ne se communique que par l’Amour dont Alice est entourée. Il y va en effet du rapport entre notre Parole et notre agir pour Alice. Elle peut croire ce que nous lui proposons dans la mesure où la vérité de l’amour est le fil conducteur de cette parole. C’est par la foi que nous rejoignons dans la vie de chaque jour le Don de Dieu. Nous aspirons en effet à vivre dans l’Amour et nous sommes si inadaptés dans son application dans la réalité quotidienne toujours offerte. Alice m’aide à comprendre ce qui se vit en moi d’incompréhension. Devant mon inaptitude à rejoindre le don de l’amour de Dieu dans mon quotidien, je suis invité à regarder bien au-delà, dans la foi.

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32-Le don de Dieu, source de toute Vie. A la naissance de l’enfant, l’amour de la maman va faire advenir l’amour en attente dans le cœur de l’enfant ! En effet, il y a quelque chose de “natif’ qui va se réaliser au moment du premier sourire de la mère pour l’enfant et de l’enfant pour sa mère (il en est de même pour le père) qui est « icône » d’un amour bien plus grand. Cet amour en jaillissement est annonce “archaïque”, dans l’homme et la femme créés à l’image de Dieu, de ce mystère que les théologiens appellent "la spiration" d’Amour du Père et du Fils : mystère de l’Esprit Saint qui nous est donné à contempler. Deux êtres qui s’aiment tendent à ne faire qu’un en l’Amour provoqué dans le cœur de l’autre. Cet amour donne vie, nourrit, donne saveur et goût de vivre : Vivre, c’est aimer. Le mystère de l’Esprit Saint nous est donné là à contempler. “Dieu créa l’homme à son image, II les créa homme et femme”. [47]. Pour le Chrétien, l’origine de l’humanité est divine. La “paternité maternité” humaine est “signe” de la Paternité divine. A cause de la brisure de l’origine, cette "image et ressemblance de Dieu" a été troublée et déformée. Cependant, quand un homme et une femme s’aiment, ils “provoquent” par leur présence un amour réciproque chez l’autre, et dans cet amour sont éveillés une connaissance de soi, un amour de soi fondamental à toute vie humaine. Celui qui aime ainsi est présent à l’autre, il existe dans sa pensée qui lui rappelle son visage, bien mieux, son être profond. II existe encore en l’autre dans sa volonté, c’est-à-dire dans son vouloir aimer, car l’amour est toujours un choix libre qui demande un consentement, à renouveler sans cesse. L’Aimé prend en effet place dans l’aimant, mystérieusement comme dans un autre lui-même. Il se retrouve en lui-même grâce à l’aimé qui le provoque à habiter le plus secret de son cœur, là où l’Amour réside. N’est-ce pas cet amour qui rend l’aimé si présent qu’il lui dicte désormais le comportement de l’amour qui est devenu nouvelle vie. Il y a dans cette communion de l’amour un “vestige” de la “production” de l’Amour, de la “spiration” d’Amour au sens où l’un “aspire” l’amour de l’autre et réciproquement. Nous remonterons ainsi à la Source de toute vie, de tout Amour pour entrer dans l’intelligence du mystère de notre vie divine. Notre humanité peut avec raison dire Dieu.

L’expérience de vie avec les personnes handicapées à l’Arche me montre comment cette vie est donnée dans la rencontre de l’autre. Elle est donnée en surabondance quand l’autre est dans la nécessité, dans la reconnaissance de sa pauvreté ontologique, il ne peut pas se suffire à lui-même. En effet tout processus de vie implique la participation d’un autre. « Comment cela peut-il se faire ?, dit Marie à l’Annonciation, « je ne connais point d’homme » [46].La réponse qui lui est faite est qu’un autre, « l’Esprit Saint, viendra sur elle et la Puissance du Très-Haut la couvrira de son ombre » [46]. Un Autre est annoncé et un mystère de Vie se prépare pour elle et en elle. Elle doit donner son consentement, son oui et se tourner vers un Autre en se « détournant » d’elle-même. Elle doit croire. Un saut dans la foi est à l’œuvre. C’est en perdant sa vie qu’on peut la gagner. “L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez” [128] dit Jésus. Croire que Dieu est Amour. Croire que la créature participe à cet Amour divin dans son ouverture à Dieu. Croire que le fruit de cet Amour est l’enfant bien-Aimé du Père. C’est dans cette Origine que s’épanouit la filiation nouvelle des enfants de Dieu. C’est l’enfant de Dieu en moi qui reconnaît l’autre dans son besoin de vie, d’amour, de présence. Aller à l’autre, me faire le prochain de l’autre est alors pour moi source de Vie. Devenir enfant de Dieu c’est remonter continuellement à la Source. Cette Source est divine, c’est l’Engendrement éternel du Père. Elle est aussi humaine : C’est la maternité divine de Marie. La Puissance du Don de Dieu est à l’œuvre dans l’humilité de la femme qui accueille. Le Père travaille dit Jésus et moi aussi je travaille. Nous sommes dans le mystère du Père invisible, et de celui de Jésus qui nous sauve. Marie participe à ce travail d’enfantement de Jésus en nous qui sommes le Corps du Christ.