Lundi 21 août 2017

C’est par la foi, que nous rejoignons le Don de Dieu, Source de toute Vie.

C’est par la foi, que nous rejoignons le Don de Dieu, Source de toute Vie.

L’origine de l’humanité est divine. La “paternité maternité” humaine est “signe” de la Paternité divine. A la naissance de l’enfant, l’amour de la maman va faire advenir l’amour en attente dans le cœur de l’enfant ! Quelque chose « d’archaïque » va se réaliser au moment du premier sourire de la mère pour l’enfant et de l’enfant pour sa mère qui est « icône » de l’Amour bien plus grand de notre Père des cieux, (il en est de même pour le père.) Cet amour en jaillissement, est annonce, dans l’homme et la femme créés à l’image de Dieu, du mystère que les théologiens appellent "la spiration" d’Amour du Père et du Fils : mystère de l’Esprit Saint qui nous est donné à contempler. Nous aspirons à vivre dans l’Amour et nous sommes si inadaptés dans son application dans la réalité quotidienne. Deux êtres qui s’aiment tendent à ne faire qu’un en l’Amour provoqué dans le cœur de l’autre. Cet amour donne vie, nourrit, donne saveur et goût de vivre : Vivre, c’est aimer. Le mystère de l’Esprit Saint nous est donné à contempler : “Dieu créa l’Homme à son image, II les créa « homme et femme ». [47]

A cause de la brisure de l’origine, cette "image et ressemblance de Dieu" est troublée et déformée. Cependant, quand un homme et une femme s’aiment, ils “provoquent” par leur présence un amour réciproque chez l’autre, et dans cet amour est éveillée une connaissance de soi, un amour de soi fondamental à toute vie humaine. Celui qui aime ainsi est présent à l’autre, il existe dans sa pensée qui lui rappelle son visage, bien mieux, son être profond. II existe encore en l’autre, dans sa volonté, c’est-à-dire dans son vouloir aimer, car l’amour est toujours un choix libre qui demande un consentement, qui est à renouveler sans cesse. L’Aimé prend place dans l’aimant, mystérieusement, comme dans un autre lui-même. Il se retrouve en lui-même, grâce à l’aimé qui le provoque à habiter le plus secret de son cœur, là où l’Amour réside. N’est-ce pas cet amour qui rend l’aimé si présent, qu’il lui dicte désormais le comportement de l’amour qui est devenu une nouvelle vie. Il y a dans cette communion de l’amour un “vestige” de la “production” de l’Amour, de la “spiration” d’Amour au sens où l’un “aspire” l’amour de l’autre et réciproquement. Nous remontons ainsi à la Source de toute vie, de tout Amour pour entrer dans l’intelligence du mystère de notre vie divinisée. Notre humanité peut avec raison dire Dieu.

“L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez,” dit Jésus.
Il nous fait croire que Dieu est Amour. Croire que la créature participe à cet Amour divin dans son ouverture à Dieu. Croire que le fruit de cet Amour en Marie est l’Enfant Bien-Aimé du Père. C’est dans cette Origine que s’épanouit la filiation nouvelle des enfants de Dieu reçue dans le Christ Jésus, crucifié et glorifié. C’est l’enfant de Dieu en moi qui reconnaît l’autre dans son besoin de vie, d’amour, de présence. Aller à l’autre, me faire le prochain de l’autre, est alors pour moi source de Vie. Devenir enfant de Dieu c’est remonter continuellement à la Source. Cette Source est divine, c’est « l’Engendrement » éternel du Père pour Jésus. Elle est aussi humaine, c’est la maternité divine de Marie. La Puissance du Don de Dieu est à l’œuvre dans l’humilité de la femme qui l’accueille. « Le Père travaille dit Jésus et moi aussi je travaille. » Nous sommes dans le mystère du Père invisible, et de Jésus qui nous sauve. Marie participe à ce travail d’enfantement de Jésus en nous, qui sommes le Corps du Christ. C’est par la foi, que nous rejoignons dans la vie de chaque jour, le Don de Dieu. Nous aspirons en effet à vivre dans l’Amour et nous sommes si inadaptés dans son application dans la réalité quotidienne toujours offerte. Les pauvres nous aident à comprendre ce qui se vit en nous d’incompréhension. Devant notre inaptitude à rejoindre le Don de l’amour de Dieu dans notre quotidien, nous sommes invités à regarder bien au-delà, dans la vie des pauvres, celle de Laurent et celle de Georges éclairée par le petit Van.

Laurent ou le mystère de la présence.
Nous avons connu Laurent à l’âge de dix-huit ans. Il avait passé quinze ans à l’hôpital psychiatrique. Il avait un très lourd handicap mental et physique. Ses parents ont eu beaucoup de mal à regarder Laurent tel qu’il était, en vérité. Laurent n’a jamais pu marcher ni manger seul. II a vécu dans un état d’extrême dépendance. Petit prophète silencieux, il a rejoint Jésus le mercredi des Cendres 1991. Laurent, est tout mou sur son fauteuil roulant, ses mains sont retournées sur elles-mêmes et sa tête est révulsée, avec un regard hagard. Cependant son si beau visage, pourrait nous faire penser à un « Christ torturé sur le poteau. » Il est impossible de retenir son regard, car déjà il est reparti vers un ailleurs ! Entrer au contact avec le corps de Laurent pour les soins corporels et la toilette, nous interroge sur sa personne. Qui est Laurent ? De temps en temps, son regard, si profond et si mystérieux, plonge dans la réalité qui l’environne. Si je me trouve une fois dans son champ visuel, je ne peux plus l’oublier. Mais il est impossible de retenir ce regard, déjà il est reparti vers un ailleurs.

Laurent appelle une présence constante auprès de lui.

Peut-il déterminer quelqu’un à le suivre et à le reconnaître dans notre vie, sur son chemin de solitude ? II ne demande rien. Pourtant il est sensible à son entourage et la présence qu’on éprouve près de lui est celle que l’on éprouve à la chapelle : Quelqu’un est là, mais il est caché. Comment le découvrir, comment entrer en relation avec lui ? La vie de Laurent prend sens à la lecture de la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Laurent appelle la présence, la constance auprès de lui.

L’Évangile devient vivant dans le sillage de Laurent. II y a une manière privilégiée d’assurer une présence auprès de Laurent, un peu comme les parents qui se “consacrent” naturellement à leur enfant. Par cette présence fidèle et totale, ils lui permettent de puiser en eux la sève qui leur permettra, un jour, de se dépasser. N’y a-t-il pas là quelque chose de l’ordre de la “maternité paternité” spirituelle qui rejoint Laurent dans le développement intégral de ce qu’il est ? Il est étonnant d’entendre les réflexions de ceux qui accompagnent Laurent à l’Eucharistie. Tous, sont unanimes pour dire comment la messe est alors vécue autrement par eux. Ils la vivent avec une intensité nouvelle de la présence de Jésus, une compassion unique qui se donne et qui permet une communion jusqu’alors inconnue. Que nous puissions suivre ou non la célébration à cause de la présence à assurer auprès de Laurent, une présence au mystère de Dieu célébré sur l’autel est donnée. Cette présence est reçue au niveau du cœur de la personne qui l’accompagne. Ainsi est découverte une nouvelle manière de servir Jésus et de servir le pauvre, unis dans l’expérience d’une vie commune, qui prend alors une autre épaisseur. Dieu est là, présent. Cette expérience si forte peut provoquer le don de soi à Jésus.

En demandant silencieusement, pour lui cette présence totale de celui qui l’accompagne, Laurent peut provoquer celui-ci au don total de soi : “Est-ce que j’ai du prix à tes yeux ? Es-tu capable, pour marcher avec moi, de renoncer à toi et de suivre un chemin de Bonne Nouvelle cachée, pour le Royaume ? Si j’ai pour toi ce prix-là, alors la vie va commencer à avoir du sens et les paroles de l’Évangile ne sonneront plus creux. ” Cet amour véritablement “maternel paternel” rejoint l’autre, « handicapé” » au cœur de sa vie si démunie et va susciter chez celui qui l’accompagne des forces de don, de générosité insoupçonnée. Certes, un équilibre doit être trouvé. Le “vivre avec” ne va pas combler toute l’ouverture provoquée par la personne accueillie. II reste que Laurent aura contribué à enfanter à la vie en Christ. Laurent, malgré son handicap, peut rejoindre son humanité plénière et épanouie. Nous laisser entraîner par l’Amour que provoque la “présence” de Laurent nous oblige à revenir à la source de la Révélation de l’Amour, le Don de Dieu, l’Esprit Saint. Ce chemin me conduit à l’Annonciation, l’origine de la rencontre inoubliable de Marie.

Georges et la fragilité.

Georges nous a quittés, mais je le vois encore avec tout son sérieux. Il était « myopathe » et donc très fragile, tenant difficilement sur ses jambes. Il s’exprimait ainsi sur l’Evangile : « Le bon samaritain c’est Jésus qui prend soin de nous.” Et avec un beau sourire, « toi aussi, tu es un bon samaritain ! » Et encore : « Jésus nous apprend à être de bons samaritains. » Georges fait l’expérience, dans celui qui est là pour lui, de l’Amour du Père manifesté en Jésus. La personne qui l’assiste est provoquée par la compassion devant la détresse de Georges, son besoin d’aide. Dans cet échange mystérieux, I’Esprit Saint, le « Père des pauvres » agit dans le secret des cœurs. Une Source de Vie surgit en effet de cette rencontre. Jésus est révélé dans le souci que nous portons à Georges pour son bien-être. Georges, dans sa pauvreté et dans sa dépendance est aussi l’icône de Jésus en Croix qui sauve le monde. Le pauvre provoque l’Amour du cœur de la personne qui vient à son aide, comme celui qui l’assiste révèle l’Amour du cœur de Jésus. Ainsi Georges entre dans la « paternité » et permet, à celui qui l’aide, d’être aussi père. L’Esprit Saint, le Père des pauvres, source de cet Amour nouveau est au cœur de la relation.

Les écrits du petit Van, un appel.

En abordant les écrits du petit Van, nous sommes dans l’ordre des révélations privées. Elles n’ont pas la même valeur que les paroles de l’Évangile. Nous pouvons être scandalisés par certaines expressions dans le lien du petit Van avec Jésus crucifié. Nous sommes choqués par le choix du partage de la Croix de Jésus demandé par les saints. Parler de Jésus, dans son chemin du calvaire, est particulièrement osé dans les situations douloureuses. Etre à l’écoute et présent, c’est tout ce que nous pouvons faire. Comment demeurer debout dans des situations impossibles ? En abordant les écrits du petit Van, nous pouvons être interrogés par les expressions du lien entre le petit Van et Jésus crucifié. Nous sommes provoqués par le choix de la Croix de Jésus que demandent les saints. Comment demeurer debout dans des situations impossibles ? Seule la Croix de Jésus et la Compassion de Marie sont lumière. Les révélations de Jésus au petit Van nous sont utiles. C’est par les souffrances de Jésus dit l’apôtre, que nous sommes sauvés, engendrés à la vie divine.

Marie dans sa maternité divine est associée à l’œuvre de Jésus dans le du salut du monde. Les pauvres et les petits participent à cette maternité divine de Marie. Les confidences de Jésus à Van donne sens à la vie des pauvres : « Mon petit apôtre, dit Jésus à Van, que cela ne t’attriste pas. Reconnais que ce qu’on pense de toi est exact et qu’il en est vraiment ainsi car en effet, vu que tu dois remplir la fonction de mère des âmes, il faut te retirer dans ta chambre pour écrire les paroles que leur adresse ton Bien-Aimé…Ne pleure pas. Ce qu’on pense de toi ne t’empêche nullement de m’aimer… Extérieurement, il me faut cacher la beauté de la fleur car si le monde en connaissait la beauté, quel éclat garderait-elle encore à mes yeux ?…Oui je dois pour le moment la tenir cachée ; Ce n’est que plus tard que je la montrerai au monde qui, la connaissant, la recherchera. Et ainsi elle attirera à moi un plus grand nombre d’âmes… » [179]

Seule la Croix de Jésus et la Compassion de Marie sont lumière.

C’est dans une si grande petitesse et une extrême pauvreté que "l’ami" de Thérèse de Lisieux accomplit sa mission si semblable à celle des pauvres et des petits du monde. Notre civilisation a beaucoup de mal à envisager la Croix de Jésus Christ, elle est évacuée. L’épreuve du "délabrement" de la vie humaine, de sa souffrance, de son handicap spirituel, est sans pareille. Quand Marie, à Lourdes, a demandé à Bernadette de se laver dans l’eau boueuse, de manger de l’herbe…beaucoup ont crié à la folie. Aujourd’hui ces paroles de Marie sont inscrites dans le marbre ! L’Apôtre Paul disait "qu’il ne veut plus voir que Jésus et Jésus crucifié." La lecture du message du petit Van donne sens à la souffrance, à la maladie, à la mort. « Jésus est en agonie jusqu’à la fin du monde. » Nous voulons soulager autant que nous le pouvons toute souffrance et toute maladie. Quand nous sommes à bout de moyens humains, notre solidarité, notre « être avec » dans la souffrance, est le meilleur service que nous pouvons encore prodiguer à celui qui est dans la détresse. C’est alors que la compassion de Marie à la Croix devient notre modèle. "Jésus s’est offert dans un Esprit éternel," nous croyons que cet Esprit Saint ne nous manquera jamais. Marthe Robin disait des pauvres : « les petits Rédempteurs. » C’est le message que Jésus transmet au petit Van. « Tu dois remplir la fonction de Mère des âmes. » C’est dans une grande petitesse et une extrême pauvreté que s’accomplit sa mission.