Mardi 3 octobre 2017 — Dernier ajout samedi 14 octobre 2017

Jésus est la Lumière du monde. Nous en serons à jamais illuminés.

Jésus est la Lumière du monde. Nous en serons à jamais illuminés.

Partout où s’exprime la souffrance de l’humanité dans ce qu’elle a de plus obscur et de plus insupportable, Jésus est là, l’Esprit Saint nous est donné. Il ne s’agit pas que de souffrances extérieures, mais encore des souffrances intérieures. Bernadette à Nevers dira à une sœur qui lui fait remarquer combien son asthme était difficile à supporter : « Ma sœur ce qui est bien plus terrible encore c’est quand l’âme ne respire plus. » Dans sa foi elle crie vers son Sauveur. L’Agneau qui porte la souffrance du monde est bien là. Elle offre cette ’absence’ de Dieu pour elle, afin que les pécheurs aient la lumière. Ce mystère de Jésus souffrant dans ses pauvres est annoncé dans la première alliance : « Mon fils, disait David, que ne suis-je mort à ta place. » La méditation de la vie de Jésus nous permet de le découvrir revivant en sa Passion pour le Salut du monde. Jésus nous dit que l’Amour de notre Père veut notre salut : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné le Fils unique. » Ce mystère du Salut se réalise encore dans nos vies. Nous nous appuyons sur la confiance de Jésus à son Père qui est toujours demeurée totale. En lui toute expérience humaine est reprise, il nous rejoint là où la nuit est totale. C’est dans la Parole de Dieu reprise à notre propre compte que nous pourrons tenir bon.

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Comme des pauvres, nous avons besoin d’une main secourable. Jésus nous donne sa mère, Marie la mère de Compassion, elle est là. Cette présence est des plus précieuses quand nous nous heurtons au mystère d’iniquité qui sévit tellement en humanité. Quelle force peut être puisée là et quelle lumière nécessaire à l’heure du tourment et de l’agonie ! La délicatesse de Jésus pour nous est si grande qu’elle nous remplit de joie. Avant d’être ’sauveurs’ avec Jésus il nous faut d’abord être sauvé. Mathieu situe l’envoi ’réel’ des apôtres en mission après la Passion et la Résurrection de Jésus. C’est la joie de coopérer à l’œuvre de Dieu dans le monde. Comme Jésus est porté par le Père, soutenu par l’Esprit Saint, il en est de même pour les disciples de Jésus, ils sont portés par Jésus et soutenus par l’Esprit Saint. " Comme le Père m’a envoyé je vous envoie, recevez l’Esprit Saint."

La pauvreté de Jésus est la pauvreté de ses envoyés.

Dépendre de la volonté d’un autre nous introduit dans une grande petitesse. C’est la condition pour que puisse exister l’Amour infini de Dieu dans le cœur des disciples. La lettre de Paul aux Philippiens dit largement le choix de Jésus ; "Lui, de condition divine, n’a pas estimé comme une usurpation d’être égal à Dieu, s’est anéanti, prenant forme d’esclave, devenant semblable aux hommes, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort sur une croix." Si Jésus s’est ainsi identifié aux pauvres, la pauvreté sera la condition pour participer à sa mission. Nous reconnaissons, aujourd’hui encore, que les pauvres ne sont pas reçus ! Il y a une complicité entre les pauvres du monde et les pauvres envoyés en mission par Jésus. Mystérieusement, ils se reconnaissent. L’Esprit Saint, le Père des pauvres, fait leur unité. C’est la contemplation de Jésus dans sa Passion qui devient leur lumière. La relation de Jésus avec Albert et avec Nicolas est éclairante. Jésus affirme clairement qu’il est le vrai bonheur : « Bienheureux serez-vous, car votre récompense est grande dans les cieux. »

Albert et le rayonnement de la communauté

Albert n’était pas facile à vivre. Fils d’un exilé politique du Portugal, son père devait professer un athéisme pur et dur. Quand nous allions prier le soir et que nous l’invitions, la réponse d’Albert était claire : « Le Bon Dieu c’est les parents, les parents sont morts, alors tu comprends ? » Il n’y avait rien à répondre. Un jour Albert est arrivé à l’oratoire avec son plus beau sourire. La prière terminée, j’ai demandé à Albert ce qui se passait. Alors son visage s’est éclairé comme on peut l’imaginer en le connaissant, il répliqua : « Le Bon Dieu est vivant, il est vivant dans le cœur, » dit-il avec son plus beau sourire. Alors je lui dis : Les parents sont vivants, ils sont dans le cœur ! » La complicité du regard d’Albert montrait qu’il avait compris. Pour Albert, son expérience nouvelle lui faisait dire : « oui, l’amour de Dieu est vivant, il est dans le cœur ! » C’est une grâce de vivre en communauté. Si les soucis et les difficultés sont portés ensemble, les joies et les “Résurrections” sont aussi partagées. La grâce, la lumière et l’Amour du Christ Jésus circulent entre chacun. Albert n’était pas insensible au climat d’Amour que nous essayions de propager. Petit à petit, cet Amour a fait son chemin, il a été vainqueur de beaucoup de peurs. Nous pouvons expérimenter aujourd’hui son rayonnement. Par la suite, Albert nous a partagé l’amour de sa maman pour N.D de Fatima. Nous pouvons penser que ses prières ont été entendues.

Nicolas, le cri de la solitude qui donne vie.

Nicolas est un homme handicapé mental, il a trente-neuf ans. Nous l’avons rencontré à l’âge de dix-neuf ans. II a beaucoup souffert de l’instabilité de son milieu familial qui a laissé des séquelles très profondes dans ses capacités relationnelles. Nicolas souffrait de l’attitude de son papa qui avait plusieurs femmes. Il ne connaissait pas sa maman, ni sa première belle-mère qui avait été abandonnée par son père. Ce manque de stabilité affective jouait un rôle dans le désir de Nicolas de fonder un foyer. Comment ne pas être ému de compassion devant Nicolas qui pleurait à chaudes larmes parce qu’il avait compris qu’il ne pourrait pas se marier ? “Pourquoi, disait-il, un tel ou une telle ont le droit de se marier ? Et pas moi ?” C’était vraiment la profondeur de son cœur qui s’exprimait ainsi. Je me trouvais vraiment sans réponse. Je lui parlais de ses nombreuses amies, avec un petit sourire complice. Certaines s’étaient mariées, alors Nicolas me rétorquait : ” elle ne va pas se marier, elle ? Je pouvais le rassurer pour certaines mais pas pour toutes. Alors la souffrance de Nicolas se réveillait : “Pourquoi elle et pas moi ?” La seule “chose” que je pouvais lui dire, c’est que j’étais comme lui, célibataire, et que je n’étais pas si malheureux, que nous avions déjà fait route ensemble comme cela et que nous allions continuer. Ma présence bien plus que mes paroles apaisait Nicolas. Il me faisait toucher là, en lui, quelque chose qui était véritablement douloureux. Même si je savais que Nicolas aime beaucoup Jésus et Marie, il m’était difficile d’aborder sa souffrance sur le plan religieux. Simplement je pouvais lui dire combien il était aimé.

Jésus appelle à lui des frères qui prennent le chemin d’une intimité unique avec Lui.

Nicolas souffre d’une très forte fragilité affective. Elle s’exprime souvent par de grosses crises de violence, mais il peut vivre aussi avec une grande douceur. Les familles qu’il rencontre sont importantes pour lui, il aime beaucoup jouer avec les enfants. Sa fidélité à Jésus, en ces années, a été le roc qui lui a permis une harmonisation et une unification de sa personne. Tout le « travail » de valorisation de sa propre personne fait avec lui a porté sur une réconciliation avec sa propre histoire. Ce fut la construction d’un nouveau réseau relationnel stable à l’intérieur de la communauté, une prise de conscience de sa propre identité.

Nicolas est parrain de baptême d’une personne profondément handicapée dont il aime s’occuper avec beaucoup de soin. Ce fait a canalisé son affectivité et il lui a donné l’expression d’une certaine paternité. Il reste toujours une personne extrêmement fragile qui a besoin de repères. Toute ambivalence autour de lui réveille en lui, le monde brisé de son enfance. Je sais que l’amour de Jésus pour lui passe aussi par mon cœur. La consolation de Nicolas est que j’étais comme lui, et que j’étais heureux. Je choisissais cet état de vie pour Jésus et pour lui. Le temps passe et la détresse de Nicolas se trouve recouverte par d’autres préoccupations. Mais je sais à quelle profondeur de son cœur sommeille une blessure. Nous touchons ici la limite de la relation avec le pauvre : Dieu seul peut combler leur cœur. Il est possible qu’il choisisse une icône de lui pour combler momentanément son cœur. C’est bien Jésus qui appelle chacun de ceux qui vivent son chemin dans une intimité unique avec lui seul. II nous faut entrer dans le cœur ouvert de Jésus pour comprendre la fécondité donnée à tous les pauvres.

Le cri du pauvre peut réveiller dans le cœur de l’autre son choix de vie.

Se laisser provoquer par le cri de Nicolas, ce serait trahir l’appel de Jésus qui peut passer par le cri de Nicolas. Ce doute surmonté renouvelle ma foi, et cette foi renouvelée va reposer sur Nicolas qui l’a éveillée, sous la forme d’une paix nouvelle : il aura confirmation qu’il n’est pas seul ; il éprouvera la sécurité de l’Amour dans cette communauté que nous formons. Il est doux de regarder Nicolas contempler la Croix de Jésus. Il ne manque pas de signaler Marie au pied de cette Croix. Il est là, rejoint dans sa solitude. Jésus est quelqu’un qui a souffert et qui sait son angoisse. Alors Nicolas repart confiant et donne ainsi confiance à ceux qui marchent avec lui. C’est sa fécondité. La fécondité des pauvres trouve sa Source dans l’Unique Pauvre qui, dans son humanité crucifiée, donne l’Esprit Saint « Il vous est bon que je m’en aille (crucifixion) afin que je vous envoie le Paraclet » [77], l’Esprit Saint. II nous faut contempler le cœur ouvert de Jésus à la Croix pour comprendre la fécondité donnée à tous les pauvres. Ainsi germe une nouvelle fécondité en même temps qu’une nouvelle communion dans l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est l’acteur qui permet toute sanctification. Les saints, les pauvres, sont le témoignage vivant de cette transformation. C’est cet Esprit Saint qui portait Jésus dans sa Passion, et Marie dans sa Compassion, et Jean dans sa Mission. Il porte aujourd’hui encore la Mission de tous les pauvres, qui, bien souvent, ne savent pas qu’ils contiennent un tel trésor, une si Bonne Nouvelle. Cet Amour, vie de leur vie, sera manifesté dans toutes leurs relations, mais bien souvent à leur insu. Ainsi prend corps ce Peuple, qui est l’Église de Jésus.

Françoise : une vie !

Que cherchait Emmanuel Mounier dans sa petite Françoise, dont une encéphalite avait atteint la raison. Elle n’avait plus que le visage de l’absence, parfois habitée d’une « présence » celle qui luit au cœur du silence, dès que nous cessons de faire du bruit avec nous-même. Elle avait pour lui, comme pour le petit Pauvre, le visage de la divine Pauvreté. "Quel sens aurait tout cela si notre petite fille n’était qu’un morceau de chair abîmée, un peu de vie accidentée et non pas cette blanche hostie qui nous dépasse tous, une infinité de mystère et d’amour qui nous éblouirait si nous le voyions face à face." Françoise est habitée d’une « présence » celle qui luit au cœur du silence. « Chaque coup dur était une élévation nouvelle qui chaque fois, quand notre cœur commence à être habitué, adapté au coup précédent, est une nouvelle question d’amour. » C’est dans la foi, dans l’espérance que se révèle au monde un si grand mystère : ”Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné le Fils unique.” [89]. Les pauvres habitent cette Présence du Christ d’une manière surprenante. “Celui qui le reçoit devient alors semblable à Lui.” “Je te bénis, Père,” [90] dira Jésus, “d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de le révéler aux tout-petits. Oui, Père, personne ne connaît le Père sinon le Fils et personne ne connaît le Fils sinon le Père et celui à qui le Père veut bien le révéler.” [91]. Le Père révèle ce mystère à Marie parce qu’elle n’a qu’un désir, le connaître Lui son Dieu. Elle n’est qu’un Désir : cette ouverture de tout son être à son Dieu pour qu’il s’y révèle. « Faites tout ce qu’il vous dira » [92] dit-elle à Cana aux serviteurs. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » [93] nous dit Jésus. C’est cet amour nouveau qui nous sauve et qui réalise déjà la civilisation de l’Amour.

Jean-Claude et sa "détermination"

Jean-Claude est trisomique 21, il en a toute la beauté, la confiance mais aussi le caractère fougueux. Quand il a dit non c’est non. La vie chrétienne, la participation presque quotidienne de l’Eucharistie a beaucoup affiné le cœur de Jean-Claude. Il est ce “petit vieux” qui exerce une paternité mystérieuse auprès de beaucoup de jeunes. Il peut se contrôler avec l’aide de Jésus et de Marie. A propos de ce "contrôle" que dit-il : C’est Jésus ! Que comprend-il ? Mystère ! Toujours est-il qu’il a la finesse du cœur qui comprend que s’il dit oui à Jésus, il est comme Marie la servante du Seigneur. Et là, il éclate dans un grand rire qui se termine par un câlin. Entrer dans le mystère de la filiation divine, c’est se vider de soi-même. Quand il est docile à l’Esprit Saint, Jean Claude rayonne une vie, une lumière qui ne vient pas de lui. En effet dans certaines rencontres, les réflexions de Jean-Claude sont très adaptées, il faudrait dire très inspirées. II manifeste par son être quelque chose de la bonté de Jésus.

Vos témoignages

  • Hélène 7 octobre 2017 12:51

    Merci du fond du cœur précieux P.Gilbert …
    Toutes tes expériences auprès des pauvres , tes témoignages.. sont vraiment d’une beauté et profondeur impressionnante… comment ne pas être toucher.. merci infiniment de les partager , cela me sert et m’aide énormément tu es un tel soleil avec un si bon cœur.

  • pierre 6 octobre 2017 08:36

    Merci Père Gilbert pour cette approche du pauvre, à la lumière de l’Esprit Saint, don de Jésus qui renverse toutes les pauvretés.

    Y’a til plus pauvre que celui qui S’est (librement) dépouillé de Sa Vie comme l’Agneau au milieu des Loups ?

    Y’a t’il plus généreux que celui qui S’est (volontairement) donné de Sa Vie comme le Fils Unique-bien aimé pour manifester la Ressurrection au milieu des assassins et des incroyants.

    L’homme devient un loup pour l’homme quand l’instinct de survie l’emporte sur la raison du partage de la vie sociale. Cette précarité de la vie humaine à cause de notre capacité à éprouver des sentiments d’amour ou de haine ne se laisse pas dompter facilement.

    L’homme victime de tout ce qui le déshumanise ne peut que s’appauvrir au fil du temps, si Celui qui est Sa source et Sa finalité ne vient pas redonner l’Amour premier et vainqueur sur ce compagnon désiré pour Lui même.

    Chacun est appelé parce qu’il participe dans sa singularité à la Joie de l’amour de personnel dans l’unité ou, en son absence à la Peine de l’amour universel de tous dans sa singularité.

    Sans l’Esprit Saint don de Jésus en nos âmes, il ne pourrait y avoir de communion des saints et de joie partagée entre le Ciel et la terre, de communauté possible entre l’un et l’autre, et de Vie dans la maison commune sur tous les espaces de l’Univers.

    Loué soit tu Seigneur Jésus ( laudato si) de nous donner la lumière de ton Esprit Saint pour rénover et relever le monde dans ton Amour !

  • Marie-Liesse 3 octobre 2017 20:52

    Merci pour ce témoignage lumineux Père Gilbert auprès des ’pauvres’. Quelle espérance, quelle puissance de l’Ouvre Divin !