Samedi 19 août 2017

L’autre » dans la détresse, le manque ou la souffrance, donne la vie à celui qui l’accueille

« L’autre » dans la détresse, le manque ou la souffrance, donne la vie à celui qui l’accueille.

Dans la rencontre de Claire et d’Alain, je suis devenu le prochain de « l’autre. » L’Evangile me donne d’être témoin du mystère de la vie qui se donne dans le mystère du Salut de Jésus. Si je suis relatif à lui, il me donne vie. Si je me détourne de lui s’accomplit en moi un chemin de mort. Mon existence est cachée dans l’autre, et c’est l’autre, vers lequel je me tourne, qui me donne le courage d’exister. Je reçois un sentiment d’existence qui me fait sortir de l’angoisse. Jésus « s’est fait » ce pauvre dont j’ai besoin pour me dépasser et trouver la vie. Il se fait le Pauvre dans les pauvres que je peux rencontrer. Le témoignage des amis des pauvres est unanime : dans les pauvres qu’ils soignent, ils font la découverte de ce qu’ils sont eux-mêmes. Dans la Communauté, le pauvre est au cœur, la dignité de sa personne est reconnue. Alors nous avons part à aux « noces » de l’Amour qui consiste à reconnaître et accueillir notre propre pauvreté. Ce chemin se réalise dans l’accueil de la pauvreté de l’autre. C’est accepter de crier sans cesse pour recevoir l’amour nécessaire à la vie. Jésus s’est donné tout petit à sa mère, il a été aussi l’agonisant, avant de reposer inerte, après sa mort, entre ses bras. "Mon Dieu, que tes chemins sont impénétrables !"

Claire est marquée par un handicap mais surtout par la vie familiale difficile qu’elle a vécue. La libération par Jésus des personnes se fait doucement, dans la durée, grâce à l’accueil qui leur est fait. Claire est épileptique. Elle venait de l’hôpital psychiatrique où elle était restée six ans, depuis le décès de sa maman. Elle a vécu vingt-quatre ans, sur une péniche avec sa mère, son beau-père et son frère qui étaient bateliers. Ses souffrances actuelles s’expriment par une forte agressivité, un besoin constant que l’attention soit portée sur elle. Mais c’est avec autant d’intensité, qu’elle sait compatir, faire plaisir et se montrer fidèle dans ses amitiés. Pour trouver la paix, il fallait que Claire soit baignée d’un bain d’amour nouveau, tel que Jésus nous le donne. II fallait qu’elle soit rejointe par des frères et des sœurs qui, dans la fidélité à leurs divers états de vie, sachent entrer en communion directe avec son cœur blessé. II était difficile de parler de Jésus à Claire, lors de la préparation à sa première communion. « Ah ! disait-elle, Jésus, c’est comme les autres hommes sur la péniche de ma mère ! » Nos meilleurs effets “spirituels” étaient rejetés car Claire qui avait connu sur la péniche de sa famille toutes sortes d’aventures. Elle ne connaissait rien de la vie chrétienne. Elle était très meurtrie affectivement et moralement par sa vie antérieure, ce qui l’empêchait de percevoir la perspective d’une vie meilleure.

La vie fraternelle, le respect mutuel, la vie avec des hommes et des femmes vivants selon Ia Sagesse de l ’Évangile, ont peu à peu appris à Claire qu’il y avait d’autres manières de se comporter entre hommes et femmes que ce qu’elle avait connu sur sa péniche. La vie chrétienne de la Communauté, la relation avec son parrain, un homme engagé dans le célibat, et aussi avec le prêtre, l’homme consacré dans le presbytérat, ont permis à Claire de changer progressivement son image de l’homme. II en a été de même pour l’image féminine. La présence auprès d’elle de femmes à l’aise dans leur choix de vie, fidèles dans le sacrement du mariage, ou célibataires fidèles à Jésus dans le quotidien de la vie, ont permis à Claire de renouveler sa perception d’elle-même. Aujourd’hui, Jésus est devenu quelqu’un pour Claire. Elle ne le situe plus dans la catégorie des personnes rencontrées sur sa péniche. Marie, la maman de Jésus, est devenu aussi quelqu’un d’important pour elle. Doucement Claire évolue vers une pacification de sa situation et de sa vie. Certes, tout n’est pas encore résolu. II arrive encore à Claire de crier aux assistants que sa mère ne “l’enfermait” pas, qu’elle lui procurait des hommes comme elle le voulait et qu’eIle voulait être libre.

La profondeur du cœur éveillé chez Claire lui permet de dépasser des moments de crises, de luttes et de ténèbres. Claire sait maintenant discerner entre le profond qui donne joie et paix, et le superficiel qui trouble et ne procure pas un bonheur durable. Nous sommes en marche. Si Claire a pu découvrir le mystère de Jésus présent, c’est à travers ses relations vécues avec des personnes affermies dans la foi chrétienne. C’est parce que Jésus est accueilli dans son cœur qu’elle peut le révéler dans sa vie. Le cheminement accompli par Claire se révèle à son entourage qui cherche sa voie. Claire a vécu dans la confiance d’un amour nouveau avant même de pouvoir l’expliciter dans la communauté. Elle a découvert "sa personne," dans l’Amour de la Personne-Don qui est l’Esprit-Saint, le Père des pauvres. Ce chemin de vie se révèle ainsi pour celui qui cherche Dieu. Ce nouvel Amour nous apprend une nouvelle façon de nous situer entre frères et sœurs. Nous sommes les enfants de notre Père des cieux, nous marchons sous son regard de tendresse. Le Père des pauvres se révèle dans le visage des pauvres, ils sont le visage du Christ Jésus sur la terre. La vie de Claire est révélatrice du mystère de la vie humaine donnée par Dieu.

Sur le chemin de conversion de Claire.

Le reflet de l’humanité nouvelle « belle comme une fiancée parée pour son époux » est là, en sommeil et en attente au cœur de l’humanité souffrante que nous côtoyons chaque jour en nous et autour de nous. Claire a accompli une véritable découverte de Jésus. Il est devenu vraiment « Quelqu’un » pour elle. Claire, aujourd’hui, participe quotidiennement à l’Eucharistie. Après chaque messe elle vient à la sacristie pour un dernier contact, une dernière prière. Claire dit alors : « Quand je vous vois, je vois Jésus. » Elle dit cela avec beaucoup de gravité et elle serait très perturbée si on se mettait à raisonner de trop sur ce qu’elle affirme. Claire connaît Jésus de l’intérieur. Il est lié à sa vie. Dans sa vie difficile, elle fait constamment appel à lui. Quand nous prions Marie avec elle, son petit visage s’illumine et nous entrons, à ce moment présent, dans le secret de son cœur, c’est-à-dire dans le silence. C’est très éclairant d’être témoin du cheminement de Claire. Dans sa pauvreté, qui est très grande, elle s’est laissé éclairer par Dieu lui-même. Progressivement, la pratique des sacrements l’a transformée. Quelqu’un, Invisiblement s’est chargé de l’instruire. Claire est comme entrée en elle-même. Dans un cœur à cœur avec Jésus dans l’Eucharistie, aidée par l’écoute de la Parole vivante de Dieu, l’Esprit Saint est intervenu et tout en elle s’est approfondi. Parler de Marie, la maman de Jésus, trouve en elle un écho profond. Si nous évoquons les souffrances de Jésus, Claire comprend. Elle-même a beaucoup souffert. Les Personnes divines progressivement se sont révélées à elle.

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Claire a découvert le mystère de Jésus à travers les relations qu’elle a vécu dans la communauté. C’est dans la confiance, en marchant dans un amour nouveau, dans l’abandon, que l’équilibre de Claire s’est réalisé. L’accueil des uns et des autres lui révèle le mystère de la vie humaine donnée par Dieu, et le visage du Christ caché en chacun. Doucement, Claire évolue vers une pacification de sa vie. Certes, tout n’est pas encore résolu. Cependant, la profondeur du cœur éveillé chez elle lui permet de dépasser des moments de crises, de luttes. Claire sait maintenant discerner entre le plus profond de son cœur qui lui donne joie et paix, et le superficiel qui la trouble et ne lui procure pas un bonheur durable. Le don de Dieu vient doucement atténuer la souffrance des pauvres. Elle se manifeste encore mais elle trouve en lui une consolation. Le mystère de Jésus nous donne de comprendre ce qui se vit dans le cœur du pauvre. La parole de Dieu devient vivante et éclairante pour mettre des mots sur la Vie qui se donne dans les pauvres, « qui achèvent en leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Église. » [43]

Alain ou le cœur affamé d’amour. Alain est atteint d’une encéphalopathie fœtale avec hémiplégie cérébrale. Il ne peut pas marcher sans aide et pour les grandes distances et à certains moments de fatigue ou de dépression, il a besoin d’un fauteuil. Il a vécu avec ses parents et ses deux sœurs jusqu’à l’âge de quatre ans, puis il a été placé à l’hôpital psychiatrique. Alain est maniaco-dépressif, il vit des moments où il est en bonne forme, mais à d’autres moments, il se laissait mourir. II ne peut pas parler mais sait exprimer ses désirs par des gestes. Il est retourné vers le Père en novembre 1992. A nouveau, devant nous, s’offre une expérience de vie avec les personnes handicapées. Le "pauvre" accepté et reconnu retrouve dans cette ouverture la vie, dans ce mouvement d’ouverture il trouve une vie nouvelle, qu’il ne connaissait pas. Nous connaissons bien ce sentiment de rejet inconscient, d’enfermement dont nous vivons si nous n’y prenons garde. Il se trouve "renforcé", de manière subtile et cachée par l’ambiance de rejet du handicap ou de la différence qui émane du « monde » dans lequel nous sommes. Reconnaître le pauvre comme générateur de vie provoque l’ouverture, l’accueil, la compassion et la miséricorde en celui qui l’accueille. II ouvre le cœur à la vie, une vie nouvelle que nous ne connaissions pas encore. C’est avec cette expérience, que nous pouvons comprendre, après coup, cette vie nouvelle lui est donnée. Cette vie nouvelle a quelque chose à voir avec I ’Évangile. Quel mystère t’habite, Alain, avec ta si grande soif d’aimer et d’être aimé ? Avec ton grand corps décharné ! Tu mesures au moins un mètre soixante-dix et pourtant tu ne pèses que quarante kilos, et encore ! Ta grande bouche est disproportionnée, et tu as tant de mal à avaler ! Avec tous tes boutons sur le visage, tu fais réellement penser à un adolescent en mal d’affection. Mais tu ne peux pas courir puisque I ’hémiplégie est comme redoublée chez toi. Tu es ainsi à la merci de qui veut bien te prendre. Souvent tu reprends la position archaïque du bébé dans le ventre de sa mère. Tout recroquevillé, c’est alors difficile de te remettre droit, on a peur de te casser, tu es tout en os. Le regard d’Alain, on ne peut pas si vite l’oublier. II demande tellement d’amour. II est aussi très perspicace, ce regard ; il sait détecter, en celui qui l’approche, s’il y a ou non de l’amour pour lui. Je pense même pouvoir dire que tu devines quelle qualité d’amour t’est proposée, et déjà tu peux donner ta réponse. Mais qu’elle est maladroite ta réponse ! Que tu es brusque dans tes mouvements ! Quand tu as pu mettre ton bras derrière le cou d’une jeune personne que tu aimes, c’est à croire que tu veux la manger, tant ton acharnement est grand pour avoir un gros câlin. Quelle est cette soif d’affection qui t’habite, Alain ? Est-ce tout l’amour maternel que tu n’aurais pas reçu et que tu essaies de rattraper ainsi ? Est-ce plutôt cet instinct d’amour qui habite le cœur de l’adolescent cherchant le don de soi ? Ou bien est-ce la recherche d’un amour dont les racines sont inscrites dans ton être d’homme qui n’est pas fait pour vivre seul ? Tu sens bien, Alain, combien tu as besoin d’un autre qui puisse te révéler ta beauté, une beauté toute cachée, réfugiée dans ce regard que Dieu peut tellement illuminer. Tombé, tu demeures inerte, mendiant, à la merci de celui qui veut bien te remettre debout. C’est facile de vivre avec toi, car l’amour unifie tout en ce lieu de petitesse et de souffrance. » Que c’est difficile, Seigneur, de savoir quel amour nous habite. Toi seul et ton Esprit Saint le savent en nous. Et pourtant il nous est demandé d’en devenir conscients. Il nous faut pour aimer, entrer dans la purification de l’amour. Marie, aide-nous à découvrir et à reconnaître ton Amour. Jésus reposait tout petit sur ton sein et éveillait l’amour dans ton cœur. Serait-ce ce qu’Alain provoque à la chapelle quand il est si abandonné, si paisible ? La présence de Jésus et la présence d’Alain ne font qu’un, au cœur de l’Eucharistie. Marie, aide-moi à comprendre ton Amour, quand Jésus s’est fait si relatif, si dépendant, si fatigué ! Jésus, que provoquais-tu au cœur de la Samaritaine quand tu lui demandais à boire ? Serait-ce quelque chose de cela qu’Alain provoque en moi quand il est si accablé qu’il réveille mon amour parce que seul mon amour peut le mettre debout ? II y a dans sa demande d’amour un tel engagement que je peux très facilement me défendre et me contenter de jouer un rôle éducatif. Mais je ne suis pas dupe, je connais cette attente cachée au fond du cœur d’Alain : “M’aimes-tu ?” Que répondre ? Comment répondre ? Jusqu’où m’engager ? Serait-ce jusqu’à ce don inconditionné : aimer jusqu’à tout donner, aimer jusqu’à se recevoir de la demande d’amour de l’autre ? Nous pressentons ici combien la vocation chrétienne ouvre à un Amour qui est au-delà de l’amour.

La fréquentation d’Alain va changer la perspective de celui qui l’accompagne. Il faut aimer et entrer dans le chemin de la purification de l’amour. Jésus, que Marie m’aide encore à discerner le don si mystérieux de l’agonie et de la mort. Quand tu t’es fait le dernier des derniers, abject, maudit, recevant la haine et finalement la mort, que provoquais-tu dans le cœur de Marie ? Serait-ce ce sentiment si éprouvant de se sentir inutile ? Alain a provoqué cela quand nous avons cru qu’il allait mourir. Une telle odeur de mort avait envahi nos cœurs. Il n’a pas moins fallu que ta présence de Ressuscité dans le sacrement de ton Corps eucharistique que nous avions voulu présent dans ta chambre qui devenait déjà si mortuaire. Quelle horreur dans nos cœurs, que cette odeur de mort, ce sentiment de ne plus rien pouvoir faire ! Même les médecins à l’hôpital et les spécialistes en psychiatrie ne pouvaient plus rien. II y avait encore le prêtre, c’est vrai ! C’est lui, en effet, qui nous a aidés à ressusciter notre cœur. Que nous fallait-il croire ? Croire en l’amour éternel ? Croire surtout que notre amour était l’unique remède au mal d’Alain.

Avec toi, Jésus ressuscité, nous nous sommes réveillés. Tu avais éveillé en nos cœurs le sens de ce que Marie était pour toi à la Croix, cet amour du compagnon et de la compagne, si mystérieux. « Un frère pour son frère est comme une tour fortifiée » [56] et nous aussi, nous avons expérimenté cet amour si fort. C’est Jésus qui a remis Alain debout. C’était comme une résurrection. Avec Jésus ressuscité, nous nous sommes réveillés. Mais alors, Jésus, ce qu’éveille en moi le cœur d’Alain si assoiffé, serait-ce cet Amour éternel de ton Cœur de Dieu ? Serait-ce cet Amour trinitaire dont chaque facette réfléchie en nous est si riche, si absolue et pourtant si révélatrice de toutes les autres ? Alain serait-il celui que tu m’envoies, pour me déterminer à cet amour nouveau, à cet amour unique, à cet amour qui prend toutes mes énergies et tout mon être pour le recréer en Dieu, le refaire à son image et à sa ressemblance ? Seigneur, c’est dans le secret de ton Évangile que tu m’apprends la véritable humanité. Les pauvres, sur mon chemin, sont une invitation à découvrir ce cœur en attente qui est au fond de moi. C’est une grâce de pouvoir le découvrir. Remonter ainsi jusqu’à ton cœur divin Seigneur Jésus et méditer la compassion de Marie. Alain aura été l’icône si mystérieuse qui m’a fait prendre ce chemin.

A Cana, la mère de Jésus est saisie par la misère des époux qui célèbrent leurs noces. [48] Le vin exprime la joie de vivre, la joie de célébrer la vie qui se donne dans ce mystère de noces, dans ce lieu de l’Amour. « Ta Parole est pour moi un vin délicieux » [49] dit l’épouse du cantique des cantiques. Il s’agit du manque de la Parole de Dieu dans ce signe de Jésus. Devant le manque, Marie se tourne vers Jésus pour crier la douleur de son cœur : “Ils n’ont plus de vin…” [50] Qui comprendra combien ce cri est le retentissement du cri de l’humanité si fortement enraciné dans le cœur de Jésus ? Ce cri, c’est la raison de la venue de Jésus en ce monde. II est I ’Époux divin qui est venu pour que son Épouse l’humanité ait la vie, la vie sans mesure de son Amour. La joie de vivre, la joie de célébrer la vie se donne dans le mystère des noces, dans ce lieu de l’Amour. Le cri de Marie résonne en Jésus avec une intensité inouïe : “Femme, quoi entre toi et moi ? que me veux-tu ? Mon heure est-elle déjà venue ? ” [50] La Passion de Jésus qui va nous sortir de cette mort est là, profilée, signalée par « l’heure. » « Qu’y a-t-il entre toi et moi, Femme, mon heure serait-elle déjà venue ? » [50] dit Jésus. C’est pour Marie l’heure d’une maternité divine qu’elle comprendra à la Croix de Jésus dans un enfantement nouveau, la mère a le souci du « bien » de ses enfants. Derrière la Parole de Marie, résonne la volonté du Père. Jésus va obéir à la Femme qui manifeste le plan d’amour du Père qui veut nous sauver. Dans ce premier miracle, qu’Il réalise à la demande de la « Femme », Jésus manifeste l’œuvre d’Amour de la Rédemption se réalisera avec le consentement et la demande de l’humanité par l’intermédiaire et la médiation de Marie. En Jésus et Marie se vit un Amour plus grand que Celui des époux de Cana. II est l’origine de tout Amour en humanité car II s’origine dans l’Amour primordial et générateur d’Amour du Père et du Fils. Entre ce “moi et ce toi” se dresse déjà la Croix de Jérusalem, le lieu de l’expression du plus grand Amour que jamais l’humanité n’a porté. « Ce moi et toi » va se vivre désormais au quotidien de nos vies.