Mercredi 16 août 2017

L’ouverture à l’autre, est ouverture à Dieu.

L’ouverture à l’autre, est ouverture à Dieu.

Avant d’arriver à l’Arche, de faire une expérience avec les personnes handicapées, le "pauvre" tel qu’il est vu au foyer de I ’Arche aurait plutôt fait fuir. L’expérience de rejet inconscient, d’enfermement dont l’assistant vivait alors, dans la société, se trouvait comme "renforcé" de manière subtile et bien cachée. A I’Arche, dans ce lieu d’accueil, le pauvre est devenu générateur de vie. II provoque l’ouverture, la miséricorde. II ouvre mon cœur à la vie. Le jeune qui s’engage à l’Arche se tourne vers l’autre déficient mental. L’expérience lui montre maintenant que dans ce mouvement d’ouverture, il trouve la vie. Une vie nouvelle qu’il ne connaissait pas encore en lui. II comprend que cette vie a quelque chose à voir avec I’Évangile. Le pauvre est générateur de vie, iI provoque en moi l’ouverture, la miséricorde.

II y a deux façons de vivre, une qui conduit à la mort et une autre qui conduit à la vie. Soit je m’enferme dans mon “moi”, tel que I’Apôtre Jean le décrit dans sa première lettre : « jouisseur, accapareur, dominateur », [52] alors la vraie vie ne circule pas. Soit je m’ouvre à l’autre, et dans cette ouverture même je trouve la vie. Cette ouverture est un Don de Dieu appellé la Grâce. Cette grâce agit sans que je le sache ou que j’en ai conscience. Dans ce don d’ouverture à l’autre qui m’appelle, j’entre dans la Vie. Les forces “d’égoïsme” s’apaisent pour laisser s’épanouir une vie libérée. Le Passage à l’acte du vivre avec le pauvre est nécessaire pour comprendre ensuite, ce qui s’est passé. Je croyais, dans mon service du pauvre, lui donner la vie, et c’est l’autre qui me donne vie dans mon ouverture à lui. Par sa Présence, il m’ouvre à la vie. « L’oubli de soi” au profit de l’autre, est le chemin qui mène à la vraie vie. C’est à l’intérieur de ma propre vie qu’il se travaille, provoqué par l’autre qui devient pour moi générateur de vie. J’entre dans la Vie,

Je suis ainsi ramené à ma source, image de Dieu en moi , Trinité d’Amour, qui est en moi Source de Vie. Le “Pauvre” est alors pour moi “engendrement, tiers” nécessaire pour que la vie surgisse en abondance. “Tiers” parce que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans le Passage ouvert pour moi par le Christ Jésus. « Laissant tout, ils le suivirent », [53] disent les Évangiles à propos des Apôtres. A la suite de Jésus, ils font l’expérience d’une “Autre Vie”, celle de Dieu en Jésus et celle de Jésus en eux. Jésus est ce “Pauvre” qui dit : « j’ai soif » à la Samaritaine. [54] Quand elle l’a reçu, II lui dit : “Si tu savais le Don de Dieu”. [54] Si elle comble l’attente de Jésus par son accueil, Lui, Jésus, comble le désir indicible de son cœur : “Je n’ai pas de mari”.[54] Mystérieusement, là encore la vie “se joue” dans la rencontre, l’accueil de l’autre dans sa faiblesse et sa pauvreté. Par I’Adoration en esprit et en vérité qui elle aussi est une mise à disposition de I’Autre pour faire sa volonté, s’ouvre une source de vie.

La vie “se joue” dans la rencontre, dans l’accueil de l’autre.
Ainsi que ce soit pour Marie à I’Annonciation, pour le bon samaritain, pour l’assistant de I’Arche, pour la rencontre avec la Samaritaine, une “loi de la vie” se dessine qui est l’ouverture à l’autre (I’Autre) qui révèle la vie cachée en soi. « L’autre” dans la détresse, le manque ou la souffrance, donne la vie en surabondance à celui qui l’accueille. Dans cette rencontre je suis devenu le prochain de l’autre. Je suis témoin à l’Arche, de ce mystère du rapport à l’autre. Soit je suis relatif à lui et il me donne vie ; soit je me détourne de lui et s’accomplit en moi un chemin de mort. N’est-ce pas ce que Jésus énonce quand il parle du monde qui n’a pas connu Dieu : “Dieu est Amour”. Jésus dira “J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais en prison et vous m’avez visité.” [55] Toujours c’est un autre avec son corps qui réclame de quoi vivre, ce qu’il faut pour vivre. C’est dans cette rencontre concrète que va s’opérer le Don de Dieu. Don de la vie par la nourriture, le vêtement, la reconnaissance certes, mais plus encore Don de la Vie par la rencontre de l’autre qui me donne, de son manque, le courage dont j’avais besoin pour vivre. Mon existence est ainsi cachée dans l’autre, c’est l’autre vers lequel je me tourne, qui me donne le courage d’exister, le sentiment d’existence qui me fait sortir de l’angoisse. Jésus “se fait” ce pauvre dont j’ai besoin pour me dépasser et trouver ainsi la vie. Il se fait le Pauvre dans les pauvres que je peux rencontrer. Le témoignage des assistants de l’Arche est unanime : dans les pauvres qu’ils soignent, ils font la découverte de ce qu’ils sont eux-mêmes.