Vendredi 18 août 2017

Le Règne de Dieu, le rayonnement de son Amour sans limite, surgit dans la Bonne Nouvelle annoncée aux Pauvres


Le Règne de Dieu, le rayonnement de son Amour sans limite, surgit dans la Bonne Nouvelle annoncée aux Pauvres.

Quelle joie de découvrir cette possibilité de rejoindre la lumière, d’entrer en communion d’Amour avec l’autre. “A tous ceux qui l’ont reçu, II a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu” [126]. Dieu lumière me donne de le contempler, et de vouloir vivre dans cette lumière. La Vie nouvelle manifestée par l’autre est en moi. Elle vient du Père qui nous donne l’Esprit Saint, qui le répand dans nos cœurs : “L’Esprit-Saint se joint à notre esprit pour que nous puissions dire Abba, Père.”[127] En Jésus et par le pauvre, nous recevons la vie. Notre existence est capable de Vie divine, nous pouvons en faire l’expérience. Notre accueil de l’autre, notre ouverture à la vie est indispensable pour recevoir ce Don. Cette vie en attente est en nous, elle peut se vivre, elle peut se dire. Quelque chose de l’authentique présence humaine se trouve chez les pauvres. C’est à leur contact, que l’enfant prodigue qui sommeille en chacun de nous, se trouve renouvelé. Avec Jean François et Alice, entrons dans la réalité du Don de Dieu aux pauvres.

Jean-François et l’angoisse de vivre.
Le père de Jean-François occupait de grandes fonctions publiques en France. Les frères et sœurs de Jean-François étaient très “brillants,” ils avaient de belles carrières publiques. Ainsi, la famille de Jean François ayant de grandes responsabilités dans la société, était située au niveau de l’intelligence. Mais nous nous heurtons à une vraie difficulté pour les rejoindre dans le dialogue qu’ils avaient avec Jean François. La dimension du cœur très développée chez Jean François n’était pas reçue ni comprise par eux, elle était trop spéciale. Jean-François avait besoin d’une confiance et d’un abandon indispensable pour entrer en relation avec eux. Le langage « intellectuel » provoquait chez Jean François une angoisse lisible sur son visage. Cependant, l‘apparence extérieure de Jean-François est très mondaine et très soignée. Avec “l’étranger”, le visiteur qui passe ne pouvait rien déceler de son handicap, de son « ignorance » ! Jean-François est très mondain et très soigné, il écoute très poliment “l’étranger”, le visiteur. Si nous entrons en relation verbale avec lui, ayant établi au préalable une véritable communion, le dialogue peut s’établir sur un mode plus affectif. La difficulté de sa situation dans le contexte familial est réelle, Jean François peut partir alors, en esprit, dans un monde irréel.

Pour entrer en relation profonde avec lui, il faut avoir établi, au préalable, une véritable communion avec lui. Jean-François se montre très démuni et si différent quand il se sait « découvert, » dans son handicap. Pour approfondir en lui toutes les capacités qui s’y trouvent, Jean-François a besoin d’être sécurisé. Il m‘appelle par mon prénom, comme pour se rassurer, ensuite il ne me cache pas son angoisse à propos de sa vie : « Ça m’angoisse, dit-il, je ne comprends pas. » La finesse et l’intuition de Jean-François pour la réalité de la vie spirituelle est très grande. La vie spirituelle de Jean-François ouvre des perspectives réelles pour son développement profond. S’il est incapable de mettre des paroles sur le mystère qu’il vit profondément dans sa vie de communion avec Jésus, la réalité de son expérience est véritable. Jean François peut témoigner au monde du don de Dieu par sa vie seulement, par sa gentillesse. Le cœur de Jean François comprend beaucoup de choses dans la célébration de l’Eucharistie qu’il aime recevoir. Il peut alors faire demander quand est la prochaine messe. Il aime y participer comme servant d’autel. Jean François peut reprendre à son propre compte la réflexion de Didier : « Je n’ai pas beaucoup compris ton homélie mais mon cœur est tout brûlant ! » Jean François aime le mystère Eucharistique auquel il participe intensément. "Je te bénis Père d’avoir révélé ton secret aux tous petits." C’est au niveau de sa vie chrétienne qu’un équilibre de dialogue pourrait s’établir dans sa famille, avec un grand respect de l’autre, de la différence. Les perspectives de vie spirituelle sont si réelles chez les personnes, blessées dans leur intelligence. Elles sont incapables de mettre des paroles sur le mystère vécu profondément, mais la vie de communion est établie durablement. Jean François peut témoigner au monde du don de Dieu.

Désappropriés d’eux-mêmes à cause des souffrances dues à leur handicap, les pauvres sont devenus miséricordieux.

En présence des personnes souffrants de handicaps, le fils aîné de la parabole du bon Samaritain qui sommeille en nous est très vite débusqué. Mais, devant la bonté et la tendresse qui nous est manifestée, nous acceptons de reconnaître qu’il peut se trouver en nous tant de rancunes, tant d’ingratitudes et tant de durcissements. Nous comprenons mieux comment Jésus vient à notre aide dans les pauvres, au travers de la vie quotidienne. Nous avons reçu la vie comme un Don à faire fructifier. Que ce soit la vie biologique, la vie de notre esprit et de notre intelligence, que ce soit la vie de notre cœur et de notre volonté. Dieu est vie, II est lumière, II est Amour. Il peut être découvert par notre intelligence à travers l’expérience de la réalité humaine. Notre intelligence rejoint la réalité de l’autre. L’expérience nous manifeste que c’est à l’intérieur de nous que se révèle notre Amour. II nous est donné par Dieu et se trouve actualisé dans l’acte d’aimer. La volonté tend vers son bien qui est l’amour.

Nous recevons la Vie qui vient de Dieu en l’accueillant. Nous la faisons fructifier dans toutes les épaisseurs de notre être. Alors chacun reconnaît la vraie vie qui est prête à jaillir. L’Evangile nous donne la vie de Jésus et il convient de l’explorer. « Comment cela peut-il se faire ? Je ne connais point d’homme, » dit Marie à l’Annonciation. [46] La réponse qui lui est faite est que quelqu’un Autre lui sera donné : « l’Esprit Saint, viendra sur toi et la Puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » [46] Un Autre est annoncé et un mystère de Vie se prépare pour elle et en elle. Elle doit donner son consentement, son oui et se tourner vers un Autre en se « détournant » d’elle-même. Elle doit croire. Un saut dans la foi est à l’œuvre. L’expérience du "pauvre", tel qu’il est, accepté et reconnu, donne une vie nouvelle que nous ne connaissions pas avant.

La fréquentation de Jean François change notre perspective de compréhension de la réalité.
II y a en effet plusieurs façons de vivre la vie qui nous est donnée. Certaines expériences nous conduisent à la vie et d’autres nous conduisent à la mort. Si je m’enferme dans un univers fermé, sans ouverture sur l’autre, je prends un chemin de mort ! C’est le « moi, » tel que I ’Apôtre Jean le décrit dans une de ses lettres : « moi » jouisseur, accapareur, dominateur, [52] qui se ferme sur lui-même, alors la vraie vie ne circule plus. Soit je peux m’enfermer ainsi, ou je peux m’ouvrir à l’autre. Dans cette ouverture, je trouve la vie qui est un Don de Dieu. Cette "grâce" peut agir sans que je le sache ou que j’en ai conscience. Dans ce don d’ouverture à l’autre qui m’appelle, soit par sa voix, soit par sa misère, j’entre dans la Vie et les forces « d’égoïsme » en moi s’apaisent pour laisser s’épanouir un être qui se libère en libérant l’autre. C’est une expérience, un Passage à l’acte nécessaire pour comprendre ensuite, ce qui se passe dans mon cœur. Je croyais donner vie à l’autre en m’occupant de lui, et c’est l’autre qui me donne vie dans mon ouverture à lui. Par sa Présence en manque ou en souffrance, il m’ouvre à la vie. L’« oubli de soi » au profit de l’autre, est un chemin qui mène à la vraie vie. Ce passage est subtil, c’est à l’intérieur de ma propre vie qu’il se travaille. Provoqué par l’autre qui devient pour moi générateur de vie, je suis alors ramené à la source de la vie qui est en moi.

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« L’autre » dans la détresse, le manque ou la souffrance, donne la vie en surabondance à celui qui l’accueille. Dans la rencontre de Jean François, je suis devenu son prochain. Soit je suis relatif à lui et il me donne vie en me remettant face à moi-même. Soit je me détourne de lui et s’accomplit en moi un chemin de mort. Mon existence est ainsi cachée dans l’autre. C’est l’autre, vers lequel je me tourne, qui me donne la lumière et le courage d’exister. Ce sentiment d’existence me fait sortir de l’angoisse. Jésus « s’est fait » ce pauvre dont j’ai besoin pour me dépasser et trouver ainsi la vie. Il se fait le Pauvre dans les pauvres que je peux rencontrer. Dans les pauvres que je peux soigner, je fais la découverte de ce que je suis. C’est ainsi que le pauvre au cœur de la Communauté est la condition pour reconnaître la dignité de la personne humaine. Nous avons part aux « noces » de l’amour qui consiste à reconnaître et accueillir notre propre pauvreté. Ce chemin se réalise dans l’accueil de la pauvreté de l’autre qui me révèle ma propre pauvreté. C’est alors que je peux accepter de crier vers Dieu sans cesse pour recevoir l’amour nécessaire à la vie.

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Alice et l’incompréhension du mystère de la vie.

Alice est une jeune femme handicapée qui est constamment inadaptée dans le quotidien, dans ce qui lui est donné à vivre. Elle regarde la réalité qui l’entoure avec des yeux ronds qui interrogent toujours, mais elle est en dehors d’elle-même. Alice pose beaucoup de questions très existentielles. A la suite de ses interrogations sur la vie, pour avancer dans le dialogue, je lui pose moi aussi des questions, je lui demande comment Dieu lui parle dans sa vie. Elle me répond alors pour me faire plaisir : « Moi, j’aime Marie, elle est notre maman du ciel. Mais j’aimerais bien me marier. Dieu qu’est-ce qu‘il vient faire là-dedans ? » Les personnes souffrantes, dans le désarroi de leur solitude affective expriment bien souvent la difficulté que nous avons de « lire Dieu dans le quotidien ! » En effet son Amour, dans la réalité quotidienne de notre vie, n’est pas évident à saisir. Les personnes qui portent un handicap, dans leur dénuement vont droit à l’essentiel, à ce que nous nous cachons à nous-mêmes. C’est en effet par la foi que nous rejoignons le Don de Dieu dans l’épaisseur de la vie de chaque jour. Ce rapport à l’invisible ne se communique que par l’Amour dont Alice est entourée. Il y va en effet du rapport entre notre Parole et notre agir pour Alice. Elle peut croire ce que nous lui proposons dans la mesure où la vérité de l’amour est le fil conducteur de cette parole. Dans la réalité quotidienne de la vie, il n’est pas évident pour Alice de saisir le sens de la vie. Alice peut croire ce que nous lui proposons dans la mesure où la vérité de l’amour est le fil conducteur de cette parole. Elle m’aide à comprendre ce qui se vit en moi d’incompréhension. Devant mon inaptitude à rejoindre le don de l’amour de Dieu dans mon quotidien, je suis invité à regarder bien au-delà, dans la foi. C’est par la foi que nous rejoignons le Don de Dieu dans l’épaisseur de la vie de chaque jour, mais cette foi a besoin d’être incarnée.


La “transformation” de notre Humanité dans l’Amour de Dieu ?
C’est en Marie, dès l’origine, à l’Annonciation, que s’est opérée la transformation de l’amour humain. En Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, se réalise mystérieusement l’unité en nous entre l’amour humain et l’Amour divin. Marie a eu une grande conscience de ce Don qui s’est opérée à travers les souffrances, la mort et la résurrection de Jésus. Les pauvres, les souffrants, les petits passent par un chemin de souffrance et de mort continuellement. Dans cette épreuve, ils trouvent en Jésus force et espérance. La mort à soi-même qui leur est imposée à travers le handicap est très déterminante. Les pauvres passent par des souffrances qui assimilent leur vie à la vie de Jésus. Mendiants d’amour, mendiants d’une attention humaine, ils sont de plus en plus désappropriés d’eux-mêmes. Marie devient leur modèle et l’Esprit Saint peut habiter leur cœur. Les sacrements de I ’Église, en particulier l’Eucharistie, opèrent ce passage dans le Nouvel Amour qui unit l’aimant à l’aimé.

Le mystère de Jésus, le Verbe fait Chair, et celui de Marie qui accueille cette nouvelle Vie, nous donne à comprendre ce qui se vit dans le cœur du pauvre qui accueille Dieu en lui. Se trouvent ainsi mystérieusement imbriqués le don de Dieu, son amour infini, et la souffrance des personnes pauvres telles qu’elles se manifestent. La parole de Dieu, la vie sacramentelle actualise la réalité de la Vie qui se donne en Jésus dans le mystère Pascal. La parole vivante et éclairante met des mots sur la Vie qui se donne dans les pauvres, "j’achève en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Église, dit Paul. » [43] Le Fils de l’homme aborde sa « descente » dans la souffrance humaine dans cette grande conscience qu’il nous sauve de l’esclavage du péché qui nous prive de la Vie divine. Il nous entraîne dans son amour infini, il choisit la vie bienheureuse des pauvres comme "remède" contre l’orgueil du monde. On se divise autour de lui. L’humanité est divisée devant l’aide à fournir aux personnes portant un lourd handicap. La question de Jésus : "Pour vous qui suis-je," se déplace. Pour toi qui suis-je, pourrait se dire des pauvre, des handicapé, des humiliés de ce monde. Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous, dit Jésus !