Dimanche 19 octobre 2014

Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous.

Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous. L’humanité riche en technique peut se déshumaniser au début de ce troisième millénaire. Les pauvres de naissance et ceux qui se font pauvres de cœur, deviennent un chemin précieux pour la Révélation du vrai visage de Dieu et de la véritable humanité. Il ouvre une porte sur le mystère de la Croix de Jésus, de son Amour inconditionnel qui brûle tout : tout rejet, toute souffrance, tout abandon, tout ce qui défigure l’humanité. Et avec le Don de la venue de Jésus dans la chair, un autre Don est offert : le Paraclet, l’Amour du Père et du Fils. Nous sommes appelés à vivre de ce mystère, à prendre corps dans cette nouvelle humanité régénérée dans le Christ Jésus. « Prédestinés à être pour lui (Père) des enfants bien-aimés » [78].

Nous pourrions dire que Marie, la sœur de Lazare annonçait déjà ce mystère quand elle répandait, sur les pieds de Jésus, le parfum dont l’odeur remplit toute la maison. C’est le parfum de la vie nouvelle de Jésus et de l’humanité remise debout dans ce Nouvel Amour. Dans cette lumière resplendissante, cette vie n’aura plus de fin. C’est désormais dans cette vie nouvelle que tout prend corps. « Voyez quel grand Amour vous a donné le Père, Il a donné le Fils unique pour que le monde ait la vie » [79]. C’est dans ce lieu désormais, dans une humanité glorifiée et glorifiante grâce à l’Esprit Saint que se vit tout « Calvaire » dans le monde.

Le pauvre surcroît d’humanité. L’Évangile du bon samaritain [80], cet homme qui est saisi de compassion devant “l’autre” à demi-mort sur le bord de la route nous éclaire pour discerner l’œuvre de Dieu dans notre amour. Qu’est-ce qui l’attire vers lui ? Quel est cet Amour provoqué dans son cœur par la misère du blessé et qui le fait se mettre à son service, qui lui fait prendre sur ses biens, du vin et de l’huile, pour soulager le malade et proposer à l’aubergiste d’en prendre soin jusqu’à son retour le lendemain. Quelle production, spiration d’Amour est à l’œuvre dans cette rencontre ? En quoi la misère de l’autre peut provoquer cet Amour en naissance perpétuelle et donner alors cette joie de vivre retrouvée nulle part ailleurs ?

II y a là une expérience de la paternité divine. “Qui me voit, voit le Père” [81], dit Jésus. II est ce Bon Samaritain, venu d’ailleurs, qui vient sauver l’humanité qui se blesse par le péché, le refus de Dieu. Cette expérience de Paternité révélée par Jésus se donne à vivre quand nous demeurons rivés à la Source, en adoration vers ce Dieu qui nous crée et qui nous sauve. De l’image de Dieu en nous, sauvée par le Christ, surgit cette compassion, “réalisation” de l’Amour sans mesure de Dieu dans notre chair humaine : “l’Amour de Dieu a été répandu en nous par son Esprit qui nous a été donné.” [82]