Mardi 14 août 2018

ae. Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du Galaad.

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Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du Galaad.

Lumière sans déclin, Roi de la création / Touche du silence sur les eaux de la nuit. /

Ce n’est pas facile de sortir d’une « pauvreté accablante. » Elle est un obstacle à la reconnaissance de sa propre personne, à la reconnaissance du Don de Dieu. Notre Dame du Mont Carmel, fêtée le 16 juillet, combat sans cesse pour nous délivrer comme elle a sauvé Elie sur le Mont Carmel. La lumière est pour nous sans déclin, le Roi de la création veille. Il nous faudra toute une vie pour saisir les touches du silence sur les eaux de notre nuit. La nuit de la vie va s’illuminer à travers toutes les circonstances de notre vallée de larmes. Quelles sont merveilleuses les montagnes des Vosges. Même quand nous sommes en pleine guerre, leur stabilité est étonnante. C’est le ciel qui demeure immuable envers et contre tout. Marie s’impose dans une grande douceur, en respectant infiniment les méandres de notre liberté. Elle m’a été d’un grand secours dès mon premier jour et je l’en remercie. Notre maman nous donne la vie en grande douleur, et déjà se pointe la Croix à l’horizon ! Des douleurs de l’enfantement pour me mettre au monde, ma mère a du assumer le fait que mon cordon ombilical ne fut pas bien ligaturé par la femme qui l’assistait en cette période de couvre feu. Je baignais dans mon sang. C’est ainsi qu’une vie peut s’élancer, douloureusement. Dans le secret, le cœur de Marie qui seule le sait veille.

Le monde est un jardin qui célèbre son Nom/ Arbres et verdures, montagnes et ruisseaux/

Je suis resté très attaché au petit coin de terre sur lequel j’ai vu le jour. Marqué par la « survie » dés l’origine, c’est comme une préfiguration des combats qu’il va falloir affronter toute une vie durant. La conscience d’un premier souvenir est celui d’un char américain qui remontait le sentier conduisant à notre petite ferme. Grace à Dieu, les éléments rudimentaires, nécessaires à la vie sont là, dans la nature. Quand nous parlons des privations, de la peur et de l’angoisse, il nous faut faire allusion à Celui qui veille ! Vivre dans la cave dans la crainte des bombes et des inquisitions n’empêche pas le soleil de briller ni au jour de se lever. "Ta chevelure : un troupeau de chèvres qui dévalent du Galaad." J’ai eu la chance de garder les chèvres sur les collines vosgiennes. Notre maison retirée à flanc de coteau, en limite du village, m’a permis de bénéficier de calme et de solitude. Dieu grandit dans le secret du cœur, à l’abri des vaines querelles du monde.

Le verbe s’élance et la beauté jaillit/ Lumière sans déclin, Roi de la création/ Le monde est un jardin qui célèbre son Nom/ Arbres et verdures, montagnes et ruisseaux/ Toute créature est signée par le Sceau/

Tes dents : un troupeau de brebis qui remontent du bain ; chacune a sa jumelle, nulle n’en est privée.

Sortir de la pauvreté en demeurant dans les valeurs du monde pour accéder à la recherche de son être profond est une « illusion » dangereuse. Pour devenir l’ami du pauvre qui est en moi, et par le fait même l’ami de Jésus, il m’a fallu un long cheminement qui m’a fait franchir bien des étapes. Nous n’échappons pas aux limites de nos parents. Il nous faut aussi regarder la grâce qui les habite. Enumérer les douleurs que nous avons rencontrées est vain. Une grâce chaque jour est donnée pour affronter l’adversité. Lire là, la bienveillance de Dieu est beaucoup plus profitable. Cependant nous ne négligeons pas la trace de toutes violences qui restent marquées au fond de nous. C’est là que la Passion invisible du Christ Jésus travaille sans cesse pour nous régénérer ! Je prends conscience que s’installe alors en moi, pour faire face à l’adversité, une ambivalence très agile. Aujourd’hui encore il me faut faire face aux réactions incontrôlées qui se manifestent en tout temps à partir de ce moi que l’apôtre Jean qualifie de jouisseur, dominateur, et rebelle. Seule la Passion de Jésus en vient progressivement à bout, comme l’Evangile le note sans cesse

Comme une moitié de grenade, ta joue au travers de ton voile.

Pélican du désert, bêtes et monstres marins/ Chaque jour ils espèrent que Dieu ouvre sa main/ Mais pour les gouverner, Il offrit son image/ Et l’homme d’un baiser reçu l’humble visage/

Une attitude défendue et volontaire s’est développée car il me fallait réussir dans la vie qui m’était donnée. La grâce agissait alors en moi sans que je la connaisse. J’étais plus à l’aise quand le niveau d’expression et d’écoute était celui du cœur. Je n’avais aucune conscience qu’une vie intérieure était là, à l’intime de mon cœur. Je ne m’apercevais pas combien le vent, les saveurs de la nature, le chant des oiseaux étaient importants pour moi. Une sensibilité à la beauté de la nature m’habitait dont je n’avais pas conscience ! La réalité de ma vie spirituelle m’était cachée. Un événement qui s’est passé beaucoup plus tard m’a éclairé sur la sensibilité qui m’habitait alors. J’ai reconnu que Jésus était présent, caché. Il m’a été donné de le comprendre lors d’une retraite que je faisais pour discerner le passage au grand séminaire chez les Pères blancs, dix années plus tard en 1964. Ce discernement avait lieu chez les Jésuites. C’était à l’occasion du sacrement de réconciliation que me fut révélée cette grande sensibilité spirituelle qui m’habitait. J’étais allé me confesser et je revenais à la chapelle pour prier. Là, je m’aperçus par une révélation intérieure, que je ne croyais pas au pardon ! En effet devant les « misères » de notre humanité, les violences découvertes à l’armée et encore pour beaucoup d’autres raisons, je ne croyais pas que Jésus puisse nous pardonner toute cette misère. Dans cette prise de conscience, je suis allé me « re »confesser à nouveau. Le prêtre en me voyant revenir me demanda si j’avais oublié quelque chose ! Puis, comprenant ce que je lui partageais, il me redonna le pardon. J’allai à nouveau la chapelle et je me suis retrouvé alors dans une situation du passé dont je n’avais pas conscience. -Je revenais à la maison après être allé me confesser auprès du Curé, j’étais sur le chemin du retour, dans la montagne, et je revois encore intérieurement l’endroit.- Des sentiments très forts de joie, d’amour et de beauté, de présence de Dieu qui m’avait été donné ce jour-là me furent redonnés à Manrèse ! -J’étais alors intérieurement comme dans la situation de mon enfance alors que je venais de me confesser !- C’est « divinement, » grâce à Jésus, que la reconnaissance de mon être de pauvre a pu se réaliser. Ma personne a pu se reconstruire dans l’épanouissement que propose la Bonne Nouvelle de l’Evangile. La vie sacramentelle et la vie en présence de Dieu fut pour moi un moyen divin pour ressusciter avec le Christ Pauvre et vivre avec les pauvres.

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