Lundi 13 août 2018

c. Pour édifier ma vie et y trouver un sens, il me faut travailler

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Les jeunes filles l’ont vue, l’ont dite bienheureuse ; reines et compagnes ont chanté ses louanges : « Qui donc est celle qui surgit, semblable à l’aurore, belle autant que la lune, brillante comme le soleil, terrible comme des bataillons ? »

Il vient, comme roche brisée/ Touche du silence sur les eaux de la nuit./ Déversant sur monts et vallées/ Sa grâce en poussières d’étoiles/

Ouargla, dans le Sahara français de l’époque, fut une nouvelle étape bien décisive. Les relations avec les Algériens étaient très chaleureuses. Ces musulmans du sud du Sahara étaient très religieux. Ils mettaient en évidence le décalage entre les valeurs des populations locales et de l’Armée française. Des membres de leur famille était morts au combat pour la France dans les dernières guerres mondiales ! Face à la pratique religieuse de ces personnes musulmanes, le Christianisme, tel qu’il était vécu par les militaires du contingent, faisait piètre figure ! Je gardais le silence si propice au Sahara. Encore à l’extérieur de moi-même, je ne connaissais pas l’intérieur vers lequel j’allais me diriger. La reconnaissance qui m’était faite due à ma fonction, pouvait devenir trompeuse, car elle ne menait pas à l’essentiel que je recherchais. Une certaine « culture » pouvait être néfaste à l’approfondissement de ma vie profonde et m’établir dans une extériorité sans avenir. Je prenais conscience de la complexité à partir de laquelle chacun fait son chemin. Je devais beaucoup travailler intellectuellement et j’espérais toujours un au-delà meilleur sans savoir ce que cela pouvait vouloir dire ! Le combat spirituel était à l’œuvre en moi dans ce désert du Sahara. Je sentait un vrai danger de m’enliser dans un monde qui ne me paraissait pas vrai ! Je n’avais pas les moyens intellectuels pour combattre les idées ambiantes de domination et de violence. Je n’avais que ma conscience et ce que je ressentais de vrai dans ma vie et dans l’Evangile.

Je suis descendu au jardin du noyer voir le vallon qui verdoie, voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers sont en fleurs…

L’écho fait cortège nuptial/ Et de la voix de mon amant/ Il chante et redit doucement : /Viens ma belle, ma tourterelle/ Lève-toi car l’amour t’appelle/ Vers toi-même va mon amie/ Révèle-moi ton désir enfoui/

Elever le débat et dans un vrai dialogue, témoigner de la vérité et de la beauté de l’autre est un vrai défi. L’étude de l’Evangile me paraissait une réponse vraie à tous les manques d’espérance et les questionnements que nous rencontrions. L’ermite qui est en moi se sentait à l’aise dans le désert. Je voulais être fidèle aux valeurs que je ressentais et qui demandaient un espace pour s’épanouir. Il me fallait en effet trouver une harmonie entre ce que je ressentais et les valeurs du milieu dans lequel je me trouvais. Quelle fut la raison qui m’a fait franchir le seuil de la maison des Pères Blancs dans leur communauté de Ouargla, Marie, dans le secret de notre Alliance le sait et cela me suffit. Nous avons sympathisé et j’ai commencé un itinéraire de conversion. Il me fallait prendre conscience de la présence de Dieu en moi et dans le monde ! Je n’avais jamais été en rupture consciente avec Dieu. J’étais plutôt ignorant et indifférent. C’est au contact des Pères Blancs que j’ai commencé à lire des œuvres religieuses, en particulier la vie des saints. Un travail de réflexion en profondeur démarrait en moi. C’est difficile de savoir l’évènement qui m’a fait basculer en Dieu. En lisant la vie des saints, je ressentais les expériences de la présence de Dieu. J’adoptais les attitudes et les comportements intérieurs de ces personnes qui se retrouvaient dans leur profondeur et dans la profondeur de Dieu. Dans les luttes et les combats qu’ils étaient décrivaient je reconnaissais le monde dans lequel nous étions. En découvrant le mystère de Jésus, de Dieu, je découvrais aussi mon mystère, le mystère de l’humanité. Je découvrais un monde intérieur riche de présence et d’amour, bien séduisant. C’est alors je crois que j’ai commencé à me construire dans le Christ, l’Evangile est devenu ma terre.

Je reconnaissais ce que je pouvais lire et entendre de Jésus comme vérité et comme vie. Me sentant désormais mal dans le contexte militaire, j’ai donné ma démission de l’armée. Elle fut refusée car les raisons religieuses que j’évoquais pour cette démission n’ont pas été un motif valable pour l’armée. A partir du moment où j’ai donné ma démission de l’armée, je faisais mon travail consciencieusement, mais mon énergie était d’entrer dans un nouveau chemin de recherche et de relation avec Jésus. Grace à l’étude et la prière, progressivement se sont « différencié » en moi les attitudes qui étaient du « monde » et la vérité et les valeurs de l’Evangile. J’ai dévoré la bibliothèque des Pères blancs. J’ai découvert là pourquoi je n’étais pas à l’aise avec les grossièretés et les plaisanteries de mauvais gout qui étouffaient en moi la lumière de Dieu ! Les saints que je fréquentais par mes lectures étaient des pauvres ou l’étaient devenus. Je reconnaissais cette forme de pauvreté donnée dans l’Evangile, elle me rejoignait. L’« idéal » de la pauvreté pour être comme Jésus s’installait en moi. Je commençais à me construire selon un mode nouveau dans lequel je « n’étais pas du monde mais j’étais dans le monde. » Si j’avais dû me débrouiller enfant, il me fallait encore me débrouiller pour ne pas faire paraître à l’extérieur une recherche de vie intérieure qui n’était pas comprise par beaucoup dans la vie militaire. Je trouvais cependant çà et là quelques complicités avec des amis qui fréquentaient l’Eglise.

Je ne sais plus, mon âme m’a transportée sur les chars de mon peuple-prince.

A travers les feuilles du pommier/ Nos regards se sont rencontrés/ Mon amant a pris son envol/ Et l’ombre se meurt sur le sol / O dérobe-moi mon amant/ Ou fais de mon corps ton froment/ Mon âme est à jamais meurtrie/ De ce cœur que tu as ravi/ Plus rien ne me tient désormais/ Ni cavernes ni roseraie…/

A cette époque, je passais mes vacances chez les Pères blancs de France et je profilais déjà mon entrée chez eux à ma libération. Je faisais un stage de formation d’intendance en France quand la fin de la guerre d’Algérie a sonné. Apres ce stage je suis rentré à Ouargla pour réintégrer le « matériel » de l’armée qui revenait des casernes du Sahara en vue du retour en France. Du sud de l’Algérie, nous avons évolué vers le nord et je me suis retrouvé en poste à Alger pour continuer ce travail de réintégration du matériel. Du « désert » du Sahara ou la vie était simple, je me retrouvais dans la grande ville d’Alger, confronté à toutes sortes de questions nouvelles. En faisant de nouvelles connaissances, j’ai pris conscience, avec une grande acuité, que j’étais marqué par mon milieu d’origine beaucoup plus simple. A l’extérieur cela pouvait ne pas paraître ! A l’intérieur je me retrouvais bien souvent paralysé face à mon manque d’« expression adaptée » à la culture et aux questions qui se posaient alors. Les valeurs ne me manquaient pas mais je me retrouvais devant un « monde intellectuel » qui me rendait mal à l’aise ! La culture religieuse était devenue mienne, je me retrouvais bien dans l’Evangile mais à nouveau pas adapté au « monde » ! La conversion à Jésus mettait pour moi en évidence la différence que je retrouvais dans la vie du monde : « Je te rends grâce Père d’avoir… révélé cela aux tous petits. » Je devrais désormais faire face à la réalité de la pauvreté de mon enfance que je retrouvais en moi.

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